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Marièva Sol

Marièva Sol

Art, philosophie, littérature et enseignement

NOUVELLES D'UNE VIE

65 ans

La dame de l’Opéra

J'étais devenue deux ans plus tôt artiste peintre et j'en étais très fière. J'avais exposé mes œuvres dans des villages de province, en Normandie et même à Gisors. J'avais d'ailleurs rencontré un succès d'estime. Il faut dire que ma manière de concevoir est toujours assez originale. Je suis peintre surréaliste et lorsqu'il s'agit de peindre des sujets religieux je suis symboliste. Après mon premier anniversaire en tant qu'artiste, André trouva un moyen de me faire un très joli cadeau. Nous faisions partie d’une association, l’AROP, qui nous permettait d'aller de temps en temps à l'opéra Garnier ou Bastille et voici qu’elle nous envoya une proposition pour un gala qui se déroulait autour d'un ballet. Il s'agissait d'assister à une représentation et ensuite de dîner dans les foyers de l'opéra Garnier. Soirée très chic mais aussi très chère ! André m’offrit une place pour ce gala. Mais je devais y aller seule vu le prix de l’événement. Ce fut un très beau cadeau d'anniversaire. Évidemment pour cette soirée très chic je n'avais pas de robe de grand couturier. Je retrouvai un ancien pull en Lurex que j’avais porté jeune fille et qui était extensible et une jupe longue en broderie noire. Évidemment je n'étais pas à la dernière mode mais cette tenue de gala était correcte. André ce soir-là m'accompagna en voiture jusqu'à l'opéra. De nombreuses personnes de ce public chic, très chic, étaient venues en voiture. Et les chauffeurs les déposaient au bas des marches de l'opéra Garnier. Ce n'étaient que des berlines noires de grand prix. J'arrivai avec André dans notre voiture bleue qui tranchait sur le style des autres automobiles. Mon chauffeur à moi n'avait pas de casquette et je lui étais plus attachée que les bourgeoises à leur chauffeur car le mien était tout bonnement mon mari. Après la représentation je me retrouvai dans les magnifiques salons de l'opéra à une table de huit couverts. J'étais assise pas très loin d'une dame élégante. Elle était sculptrice. C'était une artiste de grand renom qui avait fait le portrait du prince Rainier de Monaco. Il avait posé pour elle. J'engageai avec elle la conversation et je lui dis que je peignais et que j'exposais. Je m'attendais à ce qu'elle me fasse un compliment. Elle me posa simplement une question. « Mais où exposez-vous ? Je n'ai jamais entendu parler de vous ». Je lui répondis que j'exposais en Normandie et notamment à Gisors. Je m'attendais à un peu d'intérêt mais sa réaction m'étonna. Elle me dit « vous ne faites pas d'autres expositions, vous n'exposez pas à Paris ? » Je répondis que, en effet je n'exposais qu’en province, alors elle me lança : « Mais c’est nul, vous êtes nulle ! » J'étais surprise. Je lui affirmai que j'avais suscité à Gisors et dans les villages alentour un certain intérêt, sans vendre évidemment, mais que j'avais eu beaucoup de compliments. Elle me dit alors « Ma pauvre petite si vous continuez à exposer en province et nulle part ailleurs vous n'arriverez à rien. Ce que vous faites est complètement nul ». Elle n'avait pas vu mes tableaux et je m'étonnais qu'elle me dise que ce que je faisais était nul. Je lui dis que je n'exposais pas dans de grands centres d'exposition car cela coûtait cher. Elle eut un petit rire méprisant. « Ma pauvre petite, si vous ne voulez pas dépenser un penny vous n'arriverez jamais à rien, vous resterez dans votre nullité. Et puis, ajouta-t-elle, vous êtes mal coiffée. Comment voulez-vous avoir du succès avec des cheveux pareils ? » Je m'étonnai sans me fâcher, j'avais un joli chignon que j'avais fait moi-même et j'en étais très fière. Finalement la conversation continua entre nous deux et nous apprîmes à mieux nous connaître. Sa carrière était brillante. Moi je n'étais qu'une institutrice ayant à peine investi, par ma nullité comme elle disait, le monde des arts. Elle me donna alors une adresse, celle d'un grand monsieur dans le domaine des arts qui organisait des salons prestigieux, mais payants. Je notai l'adresse. Elle ajouta que bientôt il allait organiser une exposition à l'Espace Cardin et que j'avais intérêt à aller le voir rapidement pour pouvoir exposer dans un salon différent de ces salons nuls de province. Je pris rendez-vous avec le Monsieur sans dire que quelqu'un m'envoyait chez lui car je ne voulais pas que l'on me choisisse parce que j'étais recommandée mais, fière de moi-même, parce que j'avais du talent. Évidemment je n'avais encore jamais préparé de « book ». Et pour montrer à ce monsieur prestigieux mes œuvres il m’en fallait un. J'achetais un énorme book car j'avais déjà un certain nombre d’œuvres et, pendant tout le week-end, André et moi nous avons travaillé d'arrache-pied. Car le rendez-vous que j'avais pris avec Monsieur Lévy était le lundi suivant. André tirait des photos et des photos de mes travaux et moi j'écrivais des légendes et des légendes pour chaque travail photographié. Nous remplîmes le book avec de grandes et de petites photos portant en-dessous les explications destinées à les mettre en valeur. Le lundi après-midi je me rendis au « Village Suisse ». C'était la première fois que je me rendais dans ce lieu situé tout près de la tour Eiffel. En fait ce village était un quartier dont les rez-de-chaussée des immeubles étaient occupés par des galeries d'art et des antiquaires. Et cela sur un espace piétonnier où le visiteur pouvait se promener librement en admirant mille merveilles. Georges Lévy que je voyais pour la première fois m’accueillit avec le sourire. Je lui montrai mon book et mon style lui plut beaucoup. Il aimait le surréalisme. Il aimait aussi l'humour et beaucoup de mes œuvres reposent sur des valeurs humoristiques. Il m'inscrivit à l’exposition qui devait avoir lieu le mois suivant à l'espace Cardin. Cela allait me coûter très cher car je pris un vaste espace pour présenter mes œuvres. Et ce fut la première fois que j'exposai dans un grand salon à Paris, que j'exposai à l'espace Cardin. J'y rencontrai la sculptrice de l’opéra qui essaya de me parrainer en me donnant des conseils pas toujours aimables. Elle m'assura que ma coiffure était immonde et qu'il fallait que je me coupe les cheveux. J'avais en face de mes six mètres d'exposition une autre exposante qui, elle, montrait au public des têtes de mort. Il y en avait de toutes les couleurs, mais rien que des têtes de mort. Moi c'était une autre façon de voir la vie car il y avait beaucoup d'humour dans mon surréalisme. Et c'est vrai que cette exposition à l'Espace Cardin fut un départ dans ma carrière. J’exposais à l'espace Cardin plusieurs années de suite toujours sous le parrainage de Georges Lévy qui était commissaire d'exposition. À présent Georges est devenu un de nos meilleurs amis et nous travaillons toujours ensemble. Mais à l'époque nous nous estimions mais nous nous connaissions à peine. Lors de cette première exposition je fus approchée par une galerie de Bruxelles. Je vous raconterai cette aventure un peu plus longuement.

19 ans

Mon entrée en maternelle

Après que j'ai quitté la fac de cette façon subite, il me fallait travailler. En effet mes parents divorçaient et ma mère n'aurait pu m'offrir un redoublement. Et quant à mon père il n'a jamais versé aucune indemnité ni pour ma mère, ni pour moi-même. Tout était à la charge de maman. Mon père je ne l'appelais plus mon père quand je m'adressais à ma mère je disais « ton mari », « papa » cela m'aurait écorché la bouche de le prononcer. Nous cherchâmes avec maman un métier pour moi, nous n'avions aucune idée de l'emploi que je pourrais avoir. J'étais excellente en rédaction et nous posâmes ma candidature dans des agences bancaires pour devenir rédactrice. Mais mon bagage culturel était trop insignifiant. Tout ce que je possédais c’était un baccalauréat A’ Philo, c'est-à-dire littéraire. Pour être rédactrice dans une banque à l'époque il fallait une licence. Nous cherchâmes en vain mais, finalement, la seule chose qui s’offrait à moi sans problème c'était de devenir institutrice. En effet à l'époque le métier était si mal payé et si difficile qu’on manquait cruellement d'institutrice. Ma mère décida donc un jour devant nos quelques tentatives infructueuses pour me trouver un autre métier : « écoute va au rectorat et pose ta candidature ». J'allai donc au rectorat et posai ma candidature pour devenir institutrice. On me donna un dossier à remplir. Je devais aussi passer une radio des poumons. Il me fallait fournir un extrait de casier judiciaire vierge. Je commençai à faire les démarches mais huit jours plus tard voici que je reçus une affectation pour une école de banlieue et un poste d'institutrice en maternelle. Institutrice en maternelle cela ne me tentait pas du tout. J’y voyais même un affront. Comment, moi avec les études que j'avais faites, il allait falloir que je torche des gamins de trois à quatre ans. D'autre part, fille unique, n'ayant jamais eu d'enfants autour de moi je ne savais pas comment je me débrouillerais en maternelle. Quand je me présentai dans cette école de Bondy je fus surprise à l’excès. Je visitai l’école avec la directrice. Et je vis des portemanteaux devant les classes, à la hauteur des enfants. Je n'ai jamais été en maternelle moi-même et cela me surprit. Je dis à la directrice « oh comme c'est mignon, comme c'est joli ces petits portemanteaux, oh que c'est charmant». La directrice me regarda d'un drôle d'air. Ensuite nous entrâmes dans la classe où je devais effectuer mon remplacement. En voyant les tables, en voyant les chaises qui bien évidemment étaient toutes à la taille d'un enfant de quatre ans je fis cette réflexion : « oh mais c’est adorable ces petites tables, oh comme c’est mignon ces petites chaises ». La directrice me considéra avec un œil rond. Et d’une voix blanche elle me dit : « vous n'avez jamais enseigné ? » Je lui avouai que non jamais je n'avais enseigné. Son regard m'apprit que mon aveu l'affolait. Sans doute aurait-elle dû me prendre en main et m’apporter quelques indications sur ce qu'allait être mon métier. Je ne savais rien. Je n'avais même jamais eu ni frères et sœurs ni cousins ni cousines. J'étais totalement dans l'ignorance de ce que l'on pouvait faire dans une classe d'enfants de quatre ans. Mais personne ne me donna aucune aide. Que pouvait-on bien faire avec des enfants de cette âge ? La directrice me dit simplement : « regardez le cahier journal de votre collègue titulaire que vous remplacez ». Lorsqu'elle fut partie, me laissant seule dans la classe, je regardai en effet le cahier journal. C'était la première fois que j'entendais ce nom : « cahier journal ». Je vis écrit : « leçon de langage », je m'interrogeai, j'essayai d'imaginer ce que pouvait bien dire leçon de langage. Je n'en avais aucune idée. Ensuite je vis écrit : « gymnastique ». J’étais dans l'étonnement total que l'on puisse faire faire de la gymnastique à des gamins de cet âge. Et que pouvait-on bien faire comme gymnastique avec des enfants de quatre ans ? Tout était non seulement nouveau pour moi mais incompréhensible. Personne ne m'apporta aucune aide en quoi que ce fut. On peut dire que je commençais « sur le tas ». Et cela devait durer longtemps car l'inspectrice étant malade tous les cours de formation étaient supprimés. Mes collègues n’eurent pas l'idée de me venir en aide bien que je les sollicitai. La directrice resta muette. Il fallait que je me débrouille comme je pouvais et il se révéla que j'avais un don inné pour exercer ce métier. J'avais avec le enfants une excellente communication. Les gosses m'aimaient et moi je leur étais toute dévouée et j'étais également pleine d'affection pour eux. Je ne sais comment l'on peut expliquer cela. Sans doute m’étais-je beaucoup interrogée sur mon enfance qui avait été si différente. J'avais l'impression de bien me connaître et en me connaissant bien j'avais l'impression aussi et c'était la réalité de bien connaître ce que peut souffrir, penser, espérer un enfant petit. Je m'initiai tant bien que mal. Que faire les premiers jours ? J'avais écrit des contes pour enfants. Je me dis que j'allais commencer par là et je me mis à raconter ce que j'avais imaginé aux enfants de ma classe. Ils furent d'abord très intéressés. Mais on ne pouvait pas raconter des histoires toute la journée. Alors après que j'ai raconté le début des histoires nous faisions un dessin pour représenter ce que nous avions entendu. Mais après, que faire ? Une journée c'est très long. Cela dure deux fois quatre heures. Oh oui j'ai eu bien du mal. Mais j'ai regardé faire et écouté faire mes collègues des classes voisines. Donc elles ne m’ont jamais invitée dans leur classe pour suivre une leçon. Mais j'avais des oreilles pour entendre et des yeux pour voir. Et puis je ne suis pas une sauvage je discutai avec elle. Et petit à petit j’enrichissais ma classe de leçons nouvelles. Mais la discipline était pour moi difficile à réaliser. Je me souviens que je criais beaucoup pour me faire entendre et obéir. La turbulence des enfants de maternelle peut atteindre des paroxysmes. Un jour alors que j'étais perdue dans cette classe extrêmement bruyante, je criais pour couvrir le brouhaha, une petite fille me dit à l'oreille : « Tu me fais peur lorsque tu cries comme ça ». Je fus touchée par la remarque de cette petite élève qui m'aimait bien et je lui répondis que ce n'était pas par méchanceté, seulement pour me faire entendre et que je m'excusais auprès d'elle de lui avoir fait peur. Je me souviens aussi qu'à force de hausser ma voix j'en étais arrivée à une extinction de voix. Lors d'une pluvieuse récréation nous nous étions réfugiés avec cinq classes dans la salle de gymnastique. Je devais surveiller cette récréation et j'étais seule pour cela. Cinq classes, c'est-à-dire à l'époque cinq fois 45 élèves. Hé oui nous avions par classe 45 élèves. Et que l'on ne me dise pas qu’à l'époque les enfants étaient plus sages que maintenant. Non à 45 élèves par classe dans le même espace le silence était impossible. Et me voici seule avec mon extinction de voix dans le préau avec tous les gamins qui s'agitaient et qui hurlaient et moi qui ne pouvait me faire entendre, courant ici et là et étant incapable de faire revenir le calme. À un moment donné il y avait tant d'agitation que la directrice sortit de son bureau. Elle se mit à taper des mains et les enfants en chœur reprirent le mouvement et bientôt tout le préau tapa des mains. C'est quelque chose d'élémentaire mais que je ne connaissais pas. Personne ne m'avait mise au courant, n'avait dénié me mettre au courant que pour faire revenir le calme il y a un moyen c'est de taper des mains et que à ce moment-là les enfants reprenaient le mouvement rythmé et que cela aidait à faire revenir le calme. Voyez je n'ai pas été aidée du tout, et c'était idiot de ne pas m'aider car la classe souffrait de mon manque de connaissances. Bientôt j'appris tout « sur le tas » des enfants en les observant et bientôt je devins une institutrice assez douée. Je pris donc ce poste à Bondy et n'ayant pas le temps de retourner au rectorat j'attendis le jeudi suivant pour m’y rendre. Lorsque je me présentai au rectorat je dis que j'avais déjà intégré mon poste à Bondy. Oui seulement je n'avais pas rendu mon dossier puisque je travaillais. Or je n'aurais pas dû travailler sans avoir rendu mon dossier. On ne savait pas qui j'étais, on ne savait pas si je n'étais pas tuberculeuse, on ne savait pas si mon casier était vierge. C'était une grossière erreur de m'avoir envoyée dans une affectation alors que j'étais inconnue des services puisque je n'avais pas rendu mon dossier. Cela se fit donc immédiatement, le jour même et je pus le lendemain rejoindre mon poste en toute légalité.

36 ans

Permis de conduire ?

J'avais 36 ans et j'entrepris de passer mon permis de conduire. Je m'adressai à une auto-école du 20ème près de chez nous. Pour le code ce fut assez facile, j'y arrivai du premier coup. Mais en ce qui concerne la conduite cela n'alla pas tout seul. Je faisais tellement de fautes que mon moniteur parlait tout le temps de me donner une fessée, ce que je n'appréciais pas trop. Quand il se fut agi de passer pour la première fois l'examen du permis de conduire je fis un si grand nombre de fautes que, évidemment, je fus recalée. L'examinateur me dit « ce que je ne peux pas vous pardonner après toutes les fautes que vous avez commises c’est d’avoir failli renverser ce Monsieur qui était au bord du trottoir en attendant de traverser et que vous avez frôlé ». Je n'avais aucun souvenir d'un homme au bord du trottoir et, en plus de cela, que j'avais frôlé. Il est vrai que je ne savais pas tenir ma ligne de conduite. Soit j’étais à 3 m des voitures en stationnement, soit je les rasais comme j'avais rasé le monsieur sur le bord du trottoir. Je crois que mon moniteur d'auto-école avait peur lorsque je prenais le volant à côté de lui. Une autre fois, alors que je passais l'examen pour la deuxième fois, j'étais très concentrée et à un moment donné l’examinateur me dit « vous devriez passer une vitesse malgré tout ». Je répondis « oui mais pour passer en troisième il faut prendre un peu de vitesse ». Ce à quoi il me fit remarquer « oui, seulement vous êtes toujours en première, alors passez au moins la seconde ». Finalement après le troisième échec (et Dieu sait si cela coûte cher des leçons de conduite ! Il vaut mieux passer son examen du premier coup. Moi je désespérais de l’avoir un jour). André, qui avait assisté à quelques leçons, me dit, « écoute, tu auras peut-être ton permis de conduire un jour mais moi je ne monterai pas dans la voiture et je ne veux pas non plus que quelqu'un d'autre de la famille y monte ». Après cela je n'avais plus tellement de raison de passer mon permis de conduire à part s'il fallait trouver une façon facile de me suicider, mais je n'en avais pas l'intention à cette époque. Après cela comme vraiment il était plus facile pour moi de me déplacer en voiture que de prendre les transports en commun nous achetâmes une petite voiture sans permis, pour moi. C'était le début des voitures sans permis chez Ligier qui avait sorti une petite boîte de conserve bleue. C'était une voiture qui ne ressemblait pas à une voiture mais à une boîte de jambon en conserve. J’eus beaucoup de déboires également avec cette petite voiture Ligier sans permis. Un jour j’avais certainement brûlé le feu rouge sans m'en apercevoir car je me retrouvai au milieu du carrefour avec à droite un quinze tonnes dont j'apercevais en hauteur le chauffeur qui me regardait et à gauche un autre camion du même genre avec un autre chauffeur qui me regardait, également très étonné certainement, du haut de sa cabine. Alors moi dans ma petite boîte de conserve bleue je passai entre les deux comme un canard tranquille passe entre deux éléphants. Une autre fois je me trouvai en bas de la côte de Neaufles-Saint-Martin en venant de Gisors. Et j'essayai de grimper cette côte avec ma Ligier. Mais je n'y arrivai pas. Elle n’avait pas assez de force ou d'élan et, comme la pente était importante, elle resta « en rade » après quelques mètres. Il fallut que mon mari vienne me dépanner. Je tombai d'ailleurs plusieurs fois en panne dans les côtes avec ma petite Ligier. Après quelques déboires de ce genre elle dormit dans le garage de la maison de Neaufles-Saint-Martin pendant des années. Et un jour parce qu'il pensait qu'elle nous encombrait André, sans m'en demander la permission, la donna gratuitement à un concessionnaire de voitures Ligier qui en avait besoin pour sa vitrine. Ce qui me rendit furieuse car j’y tenais à cette petite boîte de conserve et j’estimais qu’elle était à moi et qu’on ne devait pas en disposer sans mon accord.

5 ans

Marraine Jacqueline

Mon père a toujours refusé catégoriquement et a empêché que je sois en relation avec quiconque me parlerait de religion. Il désirait que je n'ai aucune religion. Lui-même après avoir été enfant de chœur, devenu communiste, avait tourné le dos de façon très agressive à l'Église. Mais j'avais malgré tout été baptisée à la naissance sans doute à cause du fait que c'était ma grand-mère qui devait m'élever. Or à cinq ans je savais déjà lire car une institutrice qui habitait notre immeuble avec sa mère m'avait reçue en cours particuliers et m'avait appris à lire par la méthode syllabique. Je me souviens que je détestais aller chez elle. C'était très triste et elle était exigeante et peu commode même envers la gamine de cinq ans que j'étais. Je me souviens qu'à l'heure des informations elle allumait la radio. À chaque fois je me disais « pourvu qu'elle ne l'éteigne pas lorsque ce seront les chansons ». Hélas jamais une seule fois elle ne m'a permis d'écouter quelques chansons. C'était triste et le studio où elle vivait avec sa mère au rez-de-chaussée était aussi d’une grande sévérité et d'une grande tristesse. Malgré tout j'ai appris à lire de cette façon-là car cette institutrice pensait qu'il fallait que je sache lire avant de rentrer au cours préparatoire. Tout cela pour expliquer que je n'eus aucun mal à lire ce que ma marraine de baptême me fit parvenir par l'intermédiaire de ma grand-mère. C'était un catéchisme comme il en existait dans le temps avec questions et réponses et vraiment pas de façon ludique comme on le fait maintenant. Pourtant, était-ce un signe du Seigneur, moi qui avais été élevée sans qu’on ne mentionne jamais le nom de Jésus à la maison je me pris de passion en lisant ce catéchisme qui n'était certainement pas destiné à quelqu'un d’aussi jeune que je l’étais. Je découvris tout un monde. Je rencontrai la personne de Jésus à cet âge tendre et je fus émerveillée, subjuguée et de « petit bouchon » c’est ainsi que mes parents m’appelaient, je devins « petit bouchon » chrétien. Tous les jours je lisais ce catéchisme. Cela n'allait pas vite évidemment car je savais lire, bien sûr, mais encore assez lentement. Tous les jours je lisais un chapitre de ce catéchisme et je me souviens que dans ma tête de petite fille, toute petite que j'étais, un gros problème s'installa. Je me souviens de peu de choses de cet âge-là mais ce qui m'est arrivé alors et que j’avais oublié pendant des dizaines d'années m’est revenu de façon très claire comme si c'était hier après que j'ai fait ma première communion à l’âge de trente ans. Et voilà ce qui se passait. Dans ma tête d’enfant j'avais un dilemme. Car j'avais déjà toujours pensé que je serais heureuse de me marier et d'avoir des enfants comme il est naturel et comme on pense que c'est sa destinée lorsque l'on a cinq ans. Mais voilà que je découvrais quelqu'un qui s'appelait Jésus et auquel je m'attachais de façon émerveillée. Alors que faire ? Devais-je me marier et avoir des enfants ou devais-je devenir sœur ? Devenir sœur ne me plaisait pas trop. Je trouvais cela triste. Mais lorsque l'on est pris de passion à cinq ans pour quelqu'un on imagine mal que l'on puisse avoir un autre destin que celui d'être toujours avec lui. Et c'était le dilemme qui m'occupait. Allais-je devenir une épouse et une mère ou bien allais-je devenir une sœur dans un couvent ? En fait j'échappai à ce dilemme par le fait que naïvement je parlai de l'attrait que me causait ce livre de catéchisme non seulement à ma grand-mère mais aussi à mes parents. Ma grand-mère ne fit rien pour m'empêcher de continuer ce livre et de le lire jusqu'au bout. Mais ce fut bien autre chose en ce qui concerne mon père, agnostique et hostile à la religion et à l'Église. Un matin je ne trouvai plus mon livre, mon catéchisme. Qu’était-il devenu ? Là où je le laissais lorsque je ne le lisais pas il n’y était plus. Je cherchai partout et j'interrogeai les membres de ma famille. Ma grand-mère me dit qu'elle ne savait pas où il était. Ma mère me disputa, alors qu'elle était tout à fait au courant du sort qui avait été fait de mon catéchisme, en me disant que c'était ma faute si je l'avais perdu et que je n'avais qu'à ranger mes affaires. Quant à mon père il eut un air ironique et ne m’aida pas non plus. Je cherchai, je cherchai assidûment ce livre pendant quelques jours. Ce fut une vraie déception de ne pas le trouver. Mais j'avais cinq ans et à cinq ans on peut oublier beaucoup de choses très rapidement. Et j'oubliais ce livre, j’oubliais ce que j'avais lu dans ce livre, ensuite je dus aller l'année suivante à l'école, je ne pensais plus du tout à ce catéchisme. L'idée de me faire sœur ne reposait plus sur rien et elle fut abandonnée très rapidement. Était-ce une petite piqûre d'amour que le Christ avait envoyée à la mioche que j'étais ? Je ne devais pas le rencontrer avant des dizaines d'années et j'avais complètement oublié ce qu'il m'avait appris dans ce catéchisme. Je devais le rencontrer au cours de situations dramatiques car Lui ne m'avait pas oubliée et il m'aida à surmonter des tragédies. Quant à ma marraine je pense qu’elle s’est faite copieusement disputée par mon père par le fait que, sachant son opposition à mon enseignement religieux, elle avait passé outre et m'avait fait transmettre un catéchisme sans autre explication. Ma marraine Jacqueline je l'aimais beaucoup. À cause d'elle cependant je n'ai pas de parrain. En effet lorsque l'on eut décidé de me baptiser alors que j'étais encore un nourrisson, nous l’avions, mes parents et ma grand-mère toute ma famille, pressentie pour être ma marraine. Elle était la fille d'une amie très chrétienne de ma grand-mère. Et, amoureuse d'un jeune soldat, elle nous avait convaincu qu'il devait être le parrain. Elle se voyait déjà mariée à ce jeune conscrit. En fait lorsqu'il eut accepté de devenir mon parrain il disparut rapidement de la vie de ma marraine Jacqueline et le jour du baptême il n’y avait pas de parrain pour moi. Je n'ai eu donc que cette marraine. C'était une femme enfant, délicieuse mais assez naïve. J'aurais aimé la voir plus souvent. Mais vous comprenez que dans les circonstances où j'étais dans ma famille elle n'étais pas vis-à-vis de mes parents la bienvenue. Je me souviens que cependant un jour où j'étais adolescente mes parents et ma grand-mère devant se rendre dans un lieu dont je ne me souviens plus où ils ne pouvaient pas m’emmener avaient cherché désespérément qui pourrait se charger de moi pendant leur voyage. Ils eurent l'idée de faire appel à ma marraine Jacqueline. À l'époque elle était mariée. Elle s’est mariée tardivement et justement son mari était lui aussi en déplacement. Nous nous retrouvâmes toutes les deux comme deux grandes copines. Je devais avoir onze ans. Elle était joyeuse. C’était comme un petit oiseau qui chantait et elle riait beaucoup. Certainement qu'elle avait un cœur chrétien ce qui la rendait très douce, très joyeuse et un peu enfant. Nous partageâmes son grand lit. J'étais profondément endormie lorsqu'il se passa un fait amusant que je ne connus que le lendemain matin lorsqu’elle me réveilla. Elle me dit « tu n'as pas entendu cette nuit ? », je répondis que non. Que s'était-il passé cette nuit ? En fait elle m'expliqua qu’un SDF saoul avait fait du chahut sous nos fenêtres et avait crié « qu'est-ce qui tombe de là-haut, c’est y du pipi ou de l’eau ? ». Ce qui s'était passé c'est qu'il chantait en réveillant tout l’immeuble et qu’une personne, une voisine, lui avait balancé du liquide sur la tête. Il était mécontent et avait peur qu'il s'agisse du contenu d'un pot de chambre. Oui nous avons beaucoup ri de cette anecdote et nous nous sommes retrouvées comme deux adolescentes complices et joyeuses. Non je ne l'ai pas vue souvent ma marraine Jacqueline. À présent elle est décédée et je regrette de l'avoir si peu connue.

12 ans

Mes profs d’histoire

S'il y a quelqu'un, s’il y a un professeur de lycée dont je me souviens avec beaucoup de sympathie et même d'amitié c'est bien Mademoiselle Radaulonce. Mademoiselle Radaulonce avait un accent du Midi. C’était une femme d'une belle ampleur. Elle avait les yeux qui roulent et le sourire à enchanter le monde. Cette année-là c'était mon année de redoublement de la cinquième (j'avais perdu ma mame chérie l'année précédente et beaucoup manqué l'école à cause de ce drame) Mademoiselle Radaulonce m’était tellement sympathique que me replonger encore dans l'histoire de Rome ne me posa aucun désagrément mais bien beaucoup de plaisir. Je connaissais mon livre d'histoire sur le bout des doigts. Un jour mon père à qui j'avais demandé de me faire réviser ma leçon en fut baba. Il commença à me lire une phrase et je le repris en disant que ce n'était pas exactement cela qui était écrit dans le livre d'histoire. Il y avait un détail qu'il avait omis. C'était un tout petit détail mais moi je connaissais tout par cœur. Un jour Mademoiselle Radaulonce nous emmena au Louvre. Les parents étaient invités à surveiller cette sortie comme cela se fait toujours de nos jours. Mademoiselle Radaulonce avait de la sympathie pour moi. Le jour de la sortie au Louvre elle marchait entre deux mamans, la mienne à droite et la maman d'une camarade à gauche. Alors voilà qu’elle se penche vers l'autre maman et elle lui déclare en voulant être aimable : « Oh qu’elle est gentille cette petite Irène, oh je l'aime bien moi votre fille, cette petite Irène ». La maman fut étonnée et il faut le dire assez mécontente et elle répliqua « Oh mais vous savez mademoiselle, la mienne aussi est gentille même si elle est plus grande ». Mademoiselle Radaulonce se rendit compte de son erreur. Alors elle répliqua « oh mais oui madame elle est vraiment très gentille votre fille, vraiment très gentille ». Et puis elle se tourna vers maman qui était de l'autre côté, qui était à sa droite et elle dit « j'ai fait une gaffe ». Mademoiselle Radaulonce était souvent moquée par mes camarades. Elle était d'un bel embonpoint ce qui était cause de moqueries et on la moquait aussi car lorsqu'elle était enrhumée elle s'essuyait le nez avec le bas de son manteau. Cette année-là je fus préposée à aller chercher les cartes pour les cours de géographie. Un jour que j'avais à aller chercher une carte et que je disposais de très peu de temps pour cela entre deux cours j'arrivais cinq minutes après que le cours de géographie de Mademoiselle Radaulonce avait commencé. J'installai la carte. Mais je n'avais pas eu le temps d'enfiler ma blouse. Nous avions toutes une blouse vichy écru avec notre nom brodé en rouge sur notre poitrine. La blouse que j'avais cette année-là s’enfilait par le bas car elle était fermée à partir du genou. Je m'assis le plus discrètement que je pus à ma place et je tirai de mon sac, de mon cartable, ma blouse et je l'enfilai en restant assise, par les pieds, et je la montai discrètement, comme je pouvais, pour enfiler ensuite les manches. Mademoiselle Radaulonce avait tourné son regard vers moi et ce regard marquait un étonnement tellement grand que s'en était une stupéfaction. Je me demandais pourquoi elle me regardait avec ces yeux agrandis. J’eus bientôt la révélation de son attitude. Elle me posa la question avec l’accent du midi : « Qu'est-ce ce que vous faites Irène ? » Je répondis « Mademoiselle je mets ma blouse ». Alors elle éclata d'un grand rire et elle me donna l'explication que j'attendais, mais qui était extraordinaire. Elle me dit « Ah je croaillais queu vous mettiez des culooottes. », toute la classe se mit à rire et je n'oublierai jamais ce moment-là. À la fin de l'année j'eus le premier prix d'histoire. J'étais une redoublante mais malgré tout j'étais tellement passionnée d'histoire et attachée à mon professeur que je crois que j'aurais été, avec elle, première de la classe dans n’importe quelle matière qu'elle aurait enseignée. L'année suivante je vécus le contraire de ce que Mademoiselle Radaulonce avec son affection maternelle m'avait offert. Je tombais sous la coupe de Mademoiselle Devone. Encore une demoiselle mais bien différente de celle que j'avais eue l’année précédente. Mademoiselle Devone avait le cœur sec. Elle était méprisante envers les enfants qui, comme moi, n'étaient pas d'un milieux bourgeois. Elle haïssait les autres, les enfants de pauvres avec une facilité que son mépris lui permettait. Lorsque sur l'estrade on ne savait pas exactement sa leçon alors que l'on était interrogé elle vous lançait le cahier à la figure ou à la tête. Mais parfois on n’arrivait pas à le rattraper. Alors elle vous mettait zéro. Si on arrivait à le rattraper on avait un point au lieu de zéro. Un matin me voilà interrogée sur l’estrade. Ce prof odieux me demanda : « Comment vous appelez-vous ? » Je répondis « Maccagni, mademoiselle » « Comment ? »glapit-elle « Maccagni, mademoiselle ». « Ah oui, fait cette furie, Maccagni, gna, gna, gna ».Un jour que, comme dans tous les cours où elle enseignait, le silence était épais comme peut l'être une nuit sans lune et alors qu'elle écrivait au tableau elle se retourna soudain pleine de colère. Nous ne comprenions pas pourquoi car on aurait pu entendre une mouche voler dans la classe. Elle s'écria avec une irritation méchante. : « Ah vous vous moquez de moi parce que j’ai les bas qui tournent, eh bien interrogation écrite ». J'avais les plus mauvaises notes du monde. Alors que l'année précédente j'avais eu le premier prix d'histoire cette année-là je passais des heures à apprendre mes leçons sans en retenir un mot. Le lendemain après avoir vainement essayé de connaître de quoi parlait la leçon du jour, (car j'étais dans un état de maladie créée par la peur que cette femme m'occasionnait) le lendemain matin à chaque fois lorsqu'il fallait entrer en classe dans son cours j'avais la « chiasse ». J'étais dans un état de liquéfaction incroyable. Je suais, je pissais dans ma culotte et si je n'avais pas été au cabinet juste 'avant j'avais la « chiasse » aussi dans ma culotte. Une terreur ! Cette femme m'inspirait la terreur. Un jour où les parents pouvaient visiter l'école et où je me trouvais à côté de ma mère, elle était à la fenêtre de l'entresol de la salle des maîtresses. Je dis à Maman « tiens regarde c'est mon prof d'histoire ». Elle nous regarde et maman se permet de dire « Ah madame vous êtes le professeur de ma fille ». Cette odieuse femme réplique « Ah je crois qu'elle se moque de moi Madame » et sans autre mot de politesse elle tourne le dos et nous abandonne toutes les deux après ces paroles odieuses et méchantes. Je crois que c'est cette année-là que je suis devenue nulle en histoire et géographie et ce défaut de savoir et de curiosité ne m'a jamais quittée. C'est à un tel point que je suis incapable de rien connaître en histoire et géographie et même si avec ma famille j'ai visité le pays dont on parle. Mais Mademoiselle Devone avait malgré tout des « chouchoutes ». Il y avait la fille d’un général et celle d’un haut fonctionnaire, chercher l’erreur.

39 ans

La directrice de la rue Samouline

Mes collègues à Samouline avaient l'habitude de beaucoup critiquer les parents d'élèves. Il est vrai que souvent nous sommes en but, nous les institutrices, aux critiques des parents d'élèves et même lorsque ces critiques sont sans fondement. Mais il faut comprendre les gens qui confient leurs enfants à des institutrices que, au début de l'année, elle ne connaissent pas. Dans mon cas, en cas de conflit, les choses s'arrangeaient au fil de l'année et en fonction des réponses que je donnais aux parents à leur attente parfois angoissée. Je me souviens d'une dame qui avait des problèmes, un peu de névrose peut-être. Elle avait tout le temps peur pour son enfant. Elle oubliait ce qu’on lui avait dit la veille et venait sans cesse poser des questions, toujours les mêmes, à la directrice et aux institutrices, sans avoir l'air de comprendre la réponse ou d'en tenir compte. Sa fille faisait partie d’une classe proche de la mienne. Elle ne fut jamais mon élève mais je savais, en parlant avec ma collègue, que c’était une enfant sage. Je me disais, à part moi, que cette maman avait bien des ennuis et j'avais résolu d'être très aimable avec elle et d'essayer de l'aider même si elle était assez, comme on dit, « barbante ». Je me souviens qu'elle avait un gros chien et que dans le quartier lorsqu'elle le promenait nous nous rencontrions et parlions quelques instants. Malgré ses difficultés je la trouvais sympathique et j’aimais à discuter quelques instants avec elle. Mais ce n'était pas l'attitude que mes collègues et de la directrice. Lorsque cette dame venait, pour essayer de discuter, la directrice la recevait très mal et l'institutrice de sa fille également. Après cela toutes les deux se plaignaient de cette pauvre dame et la tournaient en dérision. Je trouvais cela peu sympathique surtout envers une dame qui, à l'évidence, avait du mal à vivre. Un jour j'entendis, alors que nous montions l'escalier, la classe de ma collègue suivant la mienne, un bruit qui ressemblait fort à celui d’une gifle. J'en eus la conviction lorsque j'entendis la directrice clamer à l'intention de l'enfant qui venait d'être battu : « et surtout ne le dis pas à ta mère ! tu entends ? ». Je n'aimais pas ces façons de faire de mes collègues envers les enfants. Une autre fois j'entendis la directrice, toujours elle, (et je pense qu'elle n'avait pas le cœur sur la main) dire : « Évidemment avec les parents que tu as ce n'est pas étonnant que tu sois aussi idiot ». Je déplorais toute cette ambiance qui n'avait pas lieu de régner dans une équipe d'enseignants et avec des enfants. C'est pourquoi très, très souvent, au moins à chaque fois que j'entendais mes collègues critiquer les parents, (souvent pendant l'interclasse du déjeuner) j'avais coutume de défendre ces pauvres parents d'élèves qui avaient certainement besoin de plus de compréhension et de moins de jugements négatifs. Donc je disais, tout en restant aimable avec mes collègues : « vous savez cette dame n'est pas si antipathique que vous le dites ». Et je trouvais toujours un argumentaire pour défendre les gens. Cela ne me valait rien du tout sur le plan personnel. La directrice avait pris l'habitude lorsque j'essayais de parler ainsi de me rétorquer : « Ah oui évidemment avec vous tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Je ne sais pas si je suis indulgente mais en tout cas j'ai plus de plaisir à vivre en montrant de la sympathie envers les autres qu’en les rejetant et en les agressant. Dans cette école je me sentais assez isolée il faut le dire. Une année une institutrice avec laquelle je m'entendais très bien vint s’installer dans la classe voisine de la mienne. Elle, elle ne supportait pas du tout l'ambiance de l'école et elle s'en plaignait. Malheureusement alors que nous nous entendions très bien et avions même collaboré pour certaines leçons et certains exercices, j’eus le désagrément de la voir quitter notre école pour une autre. J’aurais peut-être dû le faire aussi. Mais j'habitais à deux pas de cette école et je pouvais venir facilement à pied. Je pouvais aussi rentrer, les jours où je le désirais, chez moi pendant l'interclasse. Je n’étais pas très aimée, étant différente des autres et, même sans les critiquer ouvertement, et même en essayant d’être une excellente camarade, j’étais parfois rejetée. Lorsque j'arrivais dans la salle des maîtresses, parfois les conversations s'arrêtaient et je savais ainsi que des langues bien pendues s'étaient répandues en désagréables propos sur ma tête. Tout cela ne m'affectait pas énormément car moi, ma vie, elle était dans la classe avec les gamins, avec mes gamins et c’est d’eux que je recevais le bonheur de vivre. Au moins ils n'avaient pas l’âge d'être médisants et lorsqu'ils se montraient méchants je pouvais aisément et avec amour, (l'amour d’une maîtresse, pas celle d'une mère, mais il y a de l'affection quand même) leur montrer que ce n'était pas une bonne chose. Un jour, c'était juste avant Noël, j'avais avec mes enfants décoré la classe et les couloirs de l'école qui longeait la classe. Nous avions beaucoup travaillé, les enfants et moi. Nous nous étions donnés de la peine. Tout était magnifique. Il y avait des dessins, il y avait des peintures, il y avait des arbustes colorés et décorés et tout cela sur le thème de Noël, c'est-à-dire à l'école laïque, sur le thème des cadeaux du sapin et du père Noël. On avait beaucoup ri avec les gosses et on était très heureux de cette belle réussite. À l’école maternelle c'est une tradition de rendre la classe et aussi les couloirs de l'école, féeriques pour Noël. Cela n'avait rien de nouveau que nous ayons avec les gamins fait des couloirs une galerie d'art. Et voilà que la directrice passe devant la classe, alors que j'étais dans le couloir à accrocher des dessins. Je lui dis : « voyez comme nous avons bien travaillé avec les enfants, voyez comme notre couloir est beau ! ». Elle me regarde d'un air mécontent, vraiment fâché auquel je ne comprends rien et me dit. « Vous êtes fière de vous peut-être ! » Je ne peux m'empêcher de répliquer : « Ben oui Madame, évidemment. Nous avons beaucoup, beaucoup travaillé et le résultat nous enchante ». La directrice me regarde d'un œil noir et me dit « Ah et pour Dany, pour votre collègue, vous trouvez que c'est bien ? » Je ne comprenais pas. En fait ce qu'elle voulait me dire c'est que comme ma collègue, ayant eu d'autres centres d'intérêt, n'avait pas décoré son couloir, ce qui évidemment pouvait, à la rigueur, peut-être, on ne sait jamais, contrarier les parents, (mais les parent avaient bien vu le travail différent mais important qu’elle avait fait par ailleurs) je n'aurais pas dû moi travailler avec les enfants de ma classe et décorer les couloirs. Parce que ma collègue n'avait pas fait ce travail, moi je ne devais pas non plus faire travailler mes enfants, (ce pourquoi on me paye forcément) dans la joie de Noël. Je trouvais le raisonnement de ma directrice assez injuste et stupéfiant. Je ne lui dis plus jamais rien lorsque je remportais une réussite avec les enfants de ma classe. Je n'étais pas aimée sauf des enfants et de leurs parents. Je n'étais pas appréciée de mes collègues. Je saurai plus tard pourquoi, bien que j'en ai eu dès à présent une idée. Mais comment comprendre que l'on vous déteste alors que vous, vous aimez les autres ? Comment comprendre que c'est justement parce que vous aimez les autres et que vous avez à cœur de les défendre et de les aider que vous êtes détestée. Les moutons sont presque tous blancs et lorsqu'il y en a un noir les blancs le chassent du troupeau. Cela allait avoir pour moi des conséquences dramatiques mais je vous en parlerai plus tard. Il y avait malgré tout des choses assez amusantes quoique ne l'étant pas du tout.

 

37 ans

Des voitures et des pierres – Paris

Lorsque je surveillais la récréation j'avais l'habitude d'aller de long en large, d'avoir les yeux partout, c'était pour moi important d'empêcher que de graves sottises se passent et d'assurer au groupe des enfants en récréation une protection par la surveillance. Car lorsque vous laissez dans une grande cour six ou sept classes sous la surveillance d'une seule personne, si cette personne ne fait pas bien son travail il peut arriver des accidents, ce qui n'est pas souhaitable, et moi j'estime que si la personne qui doit surveiller ne le fait pas elle est répréhensible. Or dans cette cour j'étais la seule ou à peu près, (évidemment sauf Oriane mais elle n'est restée qu'un an) j'étais la seule à assurer une bonne surveillance. Pour cela, au lieu de me reposer en m’asseyant dans un coin, j'allais de long en large ce qui évidemment était fatigant mais c'était mon travail. Donc pendant les récréations que j’assurais il ne se passait rien de grave. Mais pendant toutes les autres récréations qui étaient surveillées par mes collègues, les enfants se sentant libres de faire des bêtises, en faisaient une à chaque fois qui avait des conséquences, de très mauvaises conséquences. La cour était séparée de celle de l'immeuble voisin par un muret insuffisamment haut qui surplombait la cour de cet immeuble voisin où des voitures étaient garées. Or nous avions dans la cour des bacs à sable où jouaient les enfants de notre école. Au fond de ces deux grands bacs à sable des grosses pierres permettaient de drainer l'humidité. Les enfants avaient trouvé un jeu qui leur paraissait très amusant. Ils déterraient les gros cailloux et ils allaient les jeter par-dessus le muret qui nous séparait du parking de l'immeuble voisin et les pierres tombaient sur les voitures. Il y eut des pare-brises cassés, il y eut des carrosseries endommagées. Cela ne se serait pas produit si la cour avait été bien surveillée. Lorsque les propriétaires des voitures endommagées venaient trouver la directrice et les institutrices pour se plaindre des dégâts occasionnés, parfois graves, ils se faisaient copieusement disputer. On leur disait qu'ils ne savaient pas ce qu’était un enfant. Qu’on ne pouvait rien faire pour eux. Que ce n'était pas la peine de revenir. Et que rien ne prouvait que c'étaient les pierres lancées par les élèves qui avaient cassé les pare-brises. Ensuite ils étaient poussés vers la sortie assez rudement. Et les institutrices entre elles disaient du mal des propriétaires des voitures qui, à leur idée, étaient des « mauvais coucheurs » et se plaignaient pour rien et qu'ils n'avaient, si cela ne leur plaisait pas, qu’à déplacer leurs voitures. Voici le genre de choses amusantes que j'ai pu connaître dans cette école. En ce qui concerne les propriétaires des voitures j'ai, au début, essayé de faire comprendre à mes collègues que nous étions en faute malgré tout. Mais quand j’ai été confrontée à leur réaction assez violente pour me disputer à mon tour, je me suis tue. Et les voitures ont continué à avoir des bosses et des pare-brises cassés.

27 ans

Du studio au 3 pièces

Nous habitions tous les trois dans un studio que nous avions mis plusieurs mois à trouver et à habiter. Notre enfant était encore un bébé et je devais faire beaucoup de biberons pour la journée. Je ne voulais pas employer la « méthode Milton » qui permet, à froid, de stériliser les verres. J'avais peur que ce produit et ses résidus se mélangent au lait et ne soient nocifs pour le bébé. Je faisais donc, à l'ancienne, bouillir les biberons avant de les remplir de lait. Mais évidemment cela faisait beaucoup, beaucoup de buée. Or le coin cuisine de ce studio était à un bout de la pièce et la porte-fenêtre avec une large vitre coulissante était à l'autre extrémité. Cependant les vapeurs devaient traverser toute la pièce avant de s'évacuer à l’extérieur et il y avait tant d'humidité dans cette pièce, du fait que je faisais bouillir les biberons, que des moisissures étaient apparues sur le papier qui recouvrait les murs. J’étais inquiète, ce n'était pas sain pour un tout petit enfant dont le berceau ne pouvait être mis ailleurs que dans cette pièce puisqu'il n'y en avait qu'une seule. Je m'affolai et nous prévînmes le propriétaire. Celui-ci voulut faire des travaux mais c'était encore pire que ce que je craignais car faire des travaux à côté d'un tout petit enfant encore au berceau cela allait être très, très, très nocif pour l'enfant. Je ne voulais pas de cela. Mais le syndic l'exigea ou sinon nous devrions partir. J’étais désespérée, je pleurais. Nous cherchâmes un autre logement, nous voulions aller ailleurs, déménager. Nous avions peu d'argent et il nous fallait une location alors que les locations étaient de plus en plus rares, surtout pour le prix que nous pouvions mettre. Nous cherchions désespérément. Après son travail André allait d’agence en agence pour trouver de quoi nous loger et nous devions le faire rapidement car le syndic menaçait de nous jeter dehors si nous n'acceptions pas les travaux de remise en état de notre appartement. Un jour, nous venions de déjeuner, c'était un samedi, je pleurais. Que va-t-il nous arriver, qu'allons-nous devenir, que faire ? André « en avait marre » de me voir pleurer, de me voir désespérée. La vie n'était plus tenable, la vie n'était plus possible, il n'y avait à la maison que des pleurs, des désespérances et de la peur et nous avions peu d’amis et de famille, personne qui puisse nous aider, nous accueillir quelque temps pendant les travaux. Après le repas, me voyant si désespérée, il me dit « bon je sors je vais chercher un appartement pour nous ». Si j’avais pu rire j’aurais ri car c'était ridicule. Cela faisait des mois que nous cherchions et que nous allions d'échec en échec, des mois que j'avais de plus en plus peur de l'avenir et mon mari parlait de trouver en une après-midi un appartement, introuvable nous l'avions bien compris. Cependant il était bien décidé à trouver un problématique appartement et il partit en quête de celui-ci. Je restai seule, je pleurai. Seule, j’étais encore plus désespérée. J’allais jusqu'au berceau. Je disais des paroles consolantes pour cette enfant qui vivait dans une ambiance de terreur et de désolation. Et j'avais bien conscience que pour lui aussi cette ambiance-là était dramatique. Je fis le menu brin de vaisselle. J'avais le cœur dans les talons. Et puis deux heures plus tard voici André qui revint. Il entra, il dit, « bon ça va j'ai trouvé » « et qu'est-ce que tu as trouvé ? » « J’ai trouvé un appartement pour nous où nous pouvons emménager très rapidement. » Je demandai : « Cet appartement c'est un studio ? Où est-ce ? » « C'est un trois pièces » « Mais tu es fou, jamais nous n'aurons suffisamment pour payer un trois pièces ». « Cela ira. Les charges ne sont pas exceptionnelles et nous pourrons payer ». «  Mais qu'est-ce que c'est ? » « Et bien j’ai été dans une agence pas très loin d'ici et il y avait un trois-pièces qui cherchait un locataire d'urgence. En fait une dame s'était engagée à emménager dans cet appartement qui avait été refait à neuf mais voici qu’elle est envoyée en province pour son travail. Alors elle cherchait quelqu'un pour reprendre la location de façon ultrarapide pour ne pas perdre la caution qu'elle avait donnée. Je me suis trouvé là, je me suis engagé pour retenir ce 3 pièces pendant trois jours. Ce n'est pas très loin d'ici, c'est en face l'hôpital Tenon. Il faut aller le visiter ». « Tu l’as vu ? » «Non je ne l'ai pas vu, j'ai pris rendez-vous pour demain matin pour que nous puissions le visiter tous les deux ». « Non, pas demain matin, allons-y tout de suite, est-ce que c'est possible ? » « Oh oui c'est certainement possible, si tu veux nous y allons tout de suite. » J’étais fébrile, je pris mon manteau, j'enveloppai le bébé dans une couverture et nous partîmes visiter ce château, ce merveilleux cadeau du ciel. L’appartement était magnifique. Il s'agissait d'un double living, plus une chambre, la salle de bains était grande, la cuisine aussi. C'était très clair, il n'y avait besoin d'aucuns travaux. Jamais, jamais je n'aurais espéré, osé espérer pouvoir trouver un tel appartement pour nous qui étions si démunis d'argent. Nous laisserions la chambre à notre enfant. Nous mettrions notre divan dans le double living. Nous séparerions la pièce principale par un rideau de façon à faire deux pièces à nouveau. À l’époque je n’étais pas chrétienne mais sans doute étions-nous déjà protégés par le Ciel. Toi qui seras mon Dieu et que je ne connaissais pas encore, merci. Ce concours de circonstances fut certainement miraculeux mais je ne le savais pas encore. Plus tard j’y réfléchirai, plus tard je me dirai « oui Tu étais là ce jour-là, merci mon Dieu ».

62 ans

Père Esclef et Judas

À l'église Notre-Dame de Lourdes nous avions un curé qui avait beaucoup de caractère, comme l'on dit, c'était un homme qui ne supportait pas la contradiction et qui était d'une nature très colérique. Et cette contradiction j'ai été moi amenée à la lui opposer. Pendant la messe il nous avait parlé des apôtres et à la fois de Pierre, de Jean et aussi de Judas. Naturellement il critiquait Judas le traître. Ce qui est normal. Mais à la fin de la messe il nous posa cette question : « qui d'entre vous, s'il fallait choisir un apôtre, aurait de la sympathie pour Judas ? » Or, en ce qui me concerne, j'ai beaucoup pitié de Judas. Il est tellement humain ce Judas qui a trahi le Christ et qui a eu après cela un tel remords qu'il en est mort suicidé. Nous lui ressemblons tellement à ce Judas car aucun de nous n'est parfait, aucun de nous ne peut dire : jamais je ne trahirai. Oh bien sûr on peut penser que ce serait difficile en fonction de notre caractère de fauter aussi gravement. Mais il y en a tellement parmi nous, qui ne sont pas plus mauvais que d’autres, qui se sont laissés aller à commettre des péchés parfois graves. Même les braves gens en sont capables. Cela dépend de la vie que l'on a eue et qui n'était pas forcément celle que l'on avait souhaitée et qui pouvait se trouver emplie d’embûches et de difficultés qui changent le caractère et la route que l'on s'est tracée. Donc je n'avais pas aimé cette remarque du père souvent trop sûr de lui mais non des autres. Il manquait de compréhension pour les gens faibles comme ce Judas. Après la messe le voici qui sortit pour dire au revoir aux paroissiens qui retournaient chez eux. Il était descendu jusque sur le trottoir et c'est là que je vins le trouver. Je lui dis « mon père il faut que je vous dise ceci. Vous avez demandé qui aurait de la sympathie pour Judas de préférence aux autres apôtres et bien moi je peux vous le dire je suis de ceux-là ». Le père Esclef ne l'entendit pas de la bonne oreille. Il me dit « comment pouvez-vous avoir de la sympathie pour ce traître ? ». Je lui dis « mon père ce traître a bien payé sa faute et a donné plus que les autres car si Pierre a donné sa vie terrestre, Judas a risqué sa vie éternelle et peut-être n'entrera-t-il pas au paradis alors qu’il a joué le mauvais rôle. Il était celui qui trahirait, mais c'était écrit qu’il y aurait un traître afin que Jésus puisse nous donner sa vie dans les souffrances, c'est quelque chose qui était écrit n’est-ce pas ? » Le père Esclef ne souscrivit pas à mon opinion et il commença à se fâcher et il dit « Pierre a suivi le Christ, il a trahi c'est vrai en disant trois fois qu'il ne connaissait pas Jésus mais lui il s’est repenti et ainsi il a pu être sauvé ». J’étais fâchée par un tel manque de compréhension humaine. Je dis « oui parce que vous pensez que Judas lui il ne s’est pas repenti, il s'est suicidé tellement cela lui faisait mal d'avoir commis sa faute. Vous trouvez vraiment que c'est amusant de se suicider, que c’est une chose qui peut vous remonter le moral ? » Le père Esclef se mit à hausser le ton, il me dit « vous n'y connaissez rien. Judas est en faute il a trahi le Christ. Il a mérité ce qui lui est arrivé, c'est-à-dire la damnation éternelle ». J’étais furieuse d'entendre de tels propos et puisqu'il avait haussé le ton à mon tour je parlai plus fort que lui et je défendis mon ami Judas. Et ainsi nous étions dans la rue tous les deux,  l’un en face de l'autre à nous disputer bruyamment en criant. Autour de nous les paroissiens étaient sortis et avaient été attirés par ce petit scandale. Ils me réprouvaient. Comment moi une petite paroissienne de rien du tout comment est-ce que j’osais tenir tête au père et prétendre en connaître plus que lui et aussi crier au lieu de me soumettre. J'entendis des petites dames autour de nous qui nous regardaient et qui faisaient « Oh, oh, oh » parce qu’elles étaient choquées que j'ose tenir tête au père. Finalement je dis au père « vous ne connaissez rien à la misère humaine, vous ne connaissez rien à la faiblesse des âmes, j'en sais plus que vous sur cela et je suis plus proche de Christ pour cela ». Il était furieux, nous nous agonisions, pas d'injures, mais en parlant de bons sentiments chacun croyait tenir le bon bout. Si j’étais si véhémente c'est que j’avais longuement pensé à qui était Judas, j’avais longuement réfléchi à ce fait qui m'a percutée, pourquoi lui qui aimait le Christ pourquoi s'est-il cru obligé de le trahir, c’est un point d’étude théologique qui, encore aujourd'hui est discuté. Et moi je n'avais vu dans cette trahison puis cette pendaison que faiblesse humaine et je pensais moi que Christ lui a pardonné. En tout cas je lui demandais moi de lui pardonner à ce traître qui s'était cru obligé alors qu'il l’aimait de le trahir. J'avais même écrit un texte là-dessus j'avais même écrit un texte où on voit Judas trahir puis partir et connaître un désarroi extrême et se poser des questions jusqu'à arriver à cet arbre fatal où il finira avec son désespoir et sa honte. Mais évidemment le lendemain j’étais bien ennuyée de m’être fâchée avec le père qui était tout de même le curé de notre paroisse. Je l'avais offensé parce que je tenais à défendre quelqu'un qui ressemble à tous les hommes dans leur imperfection et Dieu sait combien cette imperfection peut parfois causer de désordre, de mal, comme il en a été ce jour-là où Christ a marché vers son destin fatal et douloureux. Que faire ? Je ne tenais pas à m'excuser, il s'était agi ici d'un point non pas de doctrine mais de compréhension de l'homme, d'amour de l'homme je ne pouvais pas m'excuser. Ce serait si je m'excusais trahir des idées qui me sont chères et qui me dépassent. J’allai trouver le curé de la paroisse du Cœur eucharistique que je connaissais aussi. Sous couvert de me confesser je raconta l’histoire. Et je lui demandai ce que je devais faire pour, sans m’excuser car ce ne serait pas heureux pour mes idées, me réconcilier avec le père. Le curé de cette église me dit « vous savez le père est un homme intelligent et qui n'a pas de rancune, je pense que si vous l’invitez à dîner vous pourrez ainsi vous expliquer et que vous passerez une très bonne soirée ». Je trouvai l’idée intéressante et bonne et j’allai trouver le père en lui disant « je suis désolée de ce que nous ayons été en opposition ce jour-là et je voudrais, pour réparer notre sympathie, que vous veniez dîner à la maison un soir de votre choix cette semaine ou l'autre semaine ». Le père accepta volontiers. Et ce soir-là nous passâmes de façon amicale et fraternelle, une très bonne soirée. Je lui avais fait un bon petit plat, j’avais soigné le repas et le couvert et André, moi et le père nous plaisantâmes et nous nous entendîmes fort bien. Depuis ce jour nous fûmes réconciliés.

16 ans

Hôtel en Suisse

Oui c'est amusant de le dire mais nous étions si pauvres que nous n'avions pour nous laver qu'une cuvette et pendant plus de quinze ans je ne me suis jamais lavée ailleurs que dans cette cuvette. Nous faisions chauffer un peu d’eau dans une casserole pour ne pas nous laver à l'eau glacée du robinet. Bien sûr nous n'avions pas de chauffe-eau et nous n'avions pas non plus de salle d’eau, cela se passait dans la cuisine sur l’évier. Et je dois dire que le premier bain que je pris fut pour moi une révélation. Ce fut un bonheur exceptionnel. Nous étions parties, ma mère et moi, en Suisse pour voir la famille et régler quelques affaires difficiles et nous étions descendues à l'hôtel. Or nous étions dans une chambre attenante à une salle de bains. Vous me direz que c'est comme ça dans tous les hôtels oui mais moi je le savais pas et c'était la première fois que je pénétrais dans une salle de bains avec une baignoire. Tout de suite je décidai de prendre un bain. Peut être que j’en rêvais depuis des années de ce bain. Je me glissai dans l'eau chaude de cette baignoire où c’était un délice et j'y restai longtemps. Je me savonnai. Je crois même me souvenir qu'il y avait des sels de bain. Mon Dieu mais quel bonheur de prendre un bain. C'était la première fois que cela m'arrivait et je connus pour la première fois tout le plaisir qu'il y a à tremper son corps complètement dans l'eau chaude. Je restai, je crois, plus d'une heure et demie. Le lendemain nous étions pressées je me dis que j’allais prendre une douche. Et c'était la première fois que je prenais une douche, une vraie douche, que je ne me lavais pas avec un gant de toilette. Ah le bonheur de l’eau qui ruisselle sur le corps. Mon Dieu c'était bon aussi, ce n'était pas le bain mais c'était bon aussi, ah le bonheur de prendre une douche quand c'est la première fois que l'on en prend une ! Voilà ! À seize ans ce furent des baptêmes pour moi ce bain, cette douche. J'allais devoir attendre plusieurs années avant de prendre un autre bain, une autre douche. Maintenant pour moi c'est tous les jours que je prends une douche et que parfois je prends un bain. C'est toujours agréable bien sûr mais ce n'est plus un délice, ce n'est plus une découverte comme ça l’a été alors que j'avais seize ans dans cet hôtel en Suisse. Dans mon enfance nous habitions un logement de 15 m2. Nous étions pauvres entre les pauvres. Mais nous ne le savions pas. Nous avions un toit sur la tête et cela nous satisfaisait. Nous n’avions rien, même pas un réfrigérateur, mais tout cela, à nos yeux, était tellement normal. Bien sûr lorsque je rendais visite à une copine j’étais admirative devant tout ce qu’elle possédait. Elle avait même une chambre à elle, le sommet de la richesse ! Moi je partageais celle de mes parents et elle était minuscule. Chaque matin on sanglait le grand lit de mes parents et on le dressait debout contre le mur avant de l’accrocher à un clou. Puis on tirait le mien à côté. Il n’y avait plus de place pour marcher dans la chambre.

20 ans

Mes débuts d’institutrice remplaçante

Je travaillai donc la première année de propédeutique jusqu'à Pâques. Mon premier poste d’enseignante m’envoya à Bondy et le deuxième à Drancy, en tant que suppléante. L'année suivante je fus nommée remplaçante de direction. De quoi s'agissait-il ? Les directrices de maternelle étaient chargées de classe en même temps qu'elles devaient effectuer leur travail de direction. C'est-à-dire qu'un jour sur deux elles devaient assurer l'enseignement dans une classe qu'elles avaient choisie et qui était toujours celle des petits, celle des enfants de deux à trois ans et demi. Le jour d'après, un jour sur deux donc, elles étaient libres pour faire leur travail de directrice. Cependant pour alléger le travail de ces dames il y avait les auxiliaires de direction, c'est-à-dire une institutrice remplaçante qui venait un jour sur deux dans leur classe pour prendre en charge les enfants. Je fus nommée dans le 19e arrondissement dans deux écoles maternelles en alternance. Ce ne fut pas une très bonne année pour moi. Dans l'une des écoles je me souviens que j'assurais la classe un jour sur deux mais que le deuxième jour comme la directrice avait trop de travail c'était la « dame de service » qui gardait les enfants. Or cette dame de service était âgée alors que moi j'étais une toute jeune institutrice de 19 ans. Elle était l'amie intime de la directrice. Donc moi, la jeune suppléante, je n'avais pas droit à la parole. La dame de service me commandait, ce qui m’était très désagréable. Je me souviens aussi que nous ne disposions de pratiquement aucun matériel, peu de fournitures et peu de livres. Cependant l'inspectrice ayant annoncé sa venue pour la semaine suivante la directrice, en catastrophe, se rua dans les magasins de jouets et de fournitures pour maternelles et revint avec tout ce qu'il nous fallait et tout ce qu'il nous aurait fallu dès je début de l’année pour assurer une classe vivante et riche. En effet l'argent ne manquait pas car la coopérative de l'école que les parents d’élèves alimentaient, rapportait. Mais où passait l’argent ? Était-ce en cosmétiques pour la directrice qui était outrageusement fardée ? La venue de l'inspectrice fut une heureuse occasion d'avoir enfin les fournitures dont nous avions toutes besoin. Dans l'autre école où j'intervenais également un jour sur deux je n'étais pas plus heureuse. En fait j'avais essayé de garder mes cours d’Art dramatique chez René Simon. Et je m'y rendais trois fois par semaine le soir après la classe. Cela me prenait du temps et de l'énergie. J'avais beaucoup de fatigue accumulée à cause de ces deux activités. Et d'autre part je n'étais pas plus au courant que l'année précédente de ce qu'il fallait faire dans une classe. Personne ne m'avait « prise en main ». Il fallait toujours que je me débrouille par moi-même. Un jour, mécontente de ce que je faisais dans ma classe, la directrice me fit appeler. Elle se mit à me disputer « comme du poisson pourri ». J'eus la sottise de lui avouer que j'avais une deuxième activité, c'est-à-dire une activité d'étudiante en art dramatique. Elle me disputa plus encore. Je fus humiliée comme il n'est pas possible de l’être. Mais elle m'interrogea sur toutes les leçons que je faisais et dont elle ne s'était jamais souciée même pas pour me donner un conseil. Elle m'expliqua alors tout en hurlant qu'il fallait faire tel ou tel exercice. Je pleurai fort après cette altercation. Cependant cela m'avait été utile car tout en étant d'une grande méchanceté avec moi elle m'avait donné des indications précieuses pour mener ma classe. Je cessai de fréquenter le cours Simon. Ce fut un crève-cœur pour moi surtout que je ne me plaisais pas encore comme institutrice à l'école maternelle. Je me dis que je reviendrais un jour chez René Simon mais je n’y revins jamais. Quand on part c’est rare que l'on puisse revenir. Je me dis que lorsque je serais titulaire je pourrais peut-être revenir. Mais avant d'être titulaire il faut être stagiaire et lorsque l'on est titulaire on a encore beaucoup de travail et une classe à tenir ne laisse pas de loisirs. J'expliquerai plus tard pourquoi après des années dans ce métier je remercie Dieu de m'avoir placée là. Mais en attendant pendant mes débuts ce fut pour moi beaucoup, beaucoup d'émotions négatives et beaucoup d’humiliations avec bien sûr un travail énorme à accomplir et que je fis le plus honnêtement possible avec un grand courage et aussi une intelligence attentive pour que les enfants soient heureux avec tout ce qu'ils avaient à apprendre dans ma classe.

40 ans

La petite bouilloire - Paris

J’ai travaillé pendant une quinzaine d'années dans une école de mon quartier et je n'y ai pas été très heureuse. J’étais la seule croyante chrétienne catholique dans l'école. Toutes mes collègues étaient des athées convaincues mais bien sûr, moi-même comme les autres institutrices qui travaillent à l'école publique nous respections la laïcité. Les parents ne savaient pas quelles étaient nos convictions et nos croyances, moi-même comme mes collègues nous y veillions. Mais dans la salle des maîtresses je parlais librement avec mes collègues et nous échangions beaucoup de choses nous concernant et concernant notre famille. Je ne me suis pas faite que des amies bien que j'ai toujours montré un caractère égal et, dans une bonne mesure, de la camaraderie. Cependant nos valeurs était parfois à l'opposé. Je me souviens d'une maman d'élève, d’origine algérienne, qui pour les vacances était retournée à Alger. Sur le marché elle avait acheté des petites théières en imitation argent et à son retour pour nous faire plaisir elle en avait offerte une à la maîtresse de sa fille, et c'était moi, et une autre à la directrice. Lorsqu'elle me l'offrit je fus enchantée d'abord par le fait que cette maman avait pensé à moi à Alger où elle était en vacances, loin de la France et aussi parce qu'elle avait choisi un cadeau typique de son pays et que je trouvais cet objet très joli. À cette époque, maintenant cela a changé, je ne buvais jamais de thé. Cependant cette petite bouilloire  miniature me paraissait tellement jolie avec son air de préciosité que je décidai de la laisser dans mon salon sur le marbre d'un très grand meuble en bois de rose dont j'étais fière. Elle me servit cependant car je lui trouvai un usage, je l’utilisai pour arroser mes plantes fleuries. La directrice accueillit ce cadeau touchant d'une tout autre manière. Dans la salle des maîtresses à la récréation et pendant l'interclasse de midi nous discutions. Je dis à Madame Leclerc « une maman m'a offert un très joli cadeau, une théière imitation argent ». La réaction de ma directrice fut bien différente de celle que j'attendais. Elle me dit « j'ai eu la même, mais comment les gens ont-ils le culot de vous offrir des choses aussi laides ? ». Je m’étonnai et je répartis « je ne trouve pas que cette théière soit laide, elle a un petit air précieux qui fait que je l’ai mise bien en évidence dans mon salon ». Madame Leclerc se mit à rire de façon méprisante « ah ben, dit-elle ça doit être du joli chez vous. C'est le souk, c'est le bazar ». Je pensais que mon salon était plus beau que le sien mais je n'en dis rien. Je défendis ma théière et elle se montrera envers la maman qui nous avait fait ce présent de plus en plus méprisante. Elle disait « les gens n'ont aucun goût et en plus ils se débarrassent de leurs cochonneries en nous les offrant, franchement je rêve, je vais mettre ça à la poubelle c'est tout ce que cela vaut ». Je trouvai ces propos humiliants pour une maman qui avait fait un geste aussi respectueux et plaisant à notre égard et je fus bien triste de la façon dont son geste fraternel avait été reçu par ma directrice. Quant à ma propre petite théière je l’ai gardée longtemps. En fait je la perdis au cours de notre déménagement. Je ne sais plus en quel carton que nous n'avons pas encore déballé et qui se trouve dans notre parking, je l'ai rangée. En tout cas c'est toujours avec amitié que je pense à nouveau à cette maman d'élève qui avait eu un geste aussi amical avec une délicatesse touchante.

64 ans

Ostension du linceul à Turin

Lorsque ce fut l'ostension du linceul du Christ à Turin en 2010 nous fîmes le voyage pour le voir et prier devant lui. En fait si j'ai tenu à aller à Turin c'est que dans notre paroisse de la rue Pelleport, Notre-Dame de Lourdes, j'avais suivi un exposé sur ce linceul, donné par la mère d'un des prêtres. Avant cela j'avais vaguement entendu parler du linceul mais je n'y avais pas attaché une grande importance. Je ne croyais pas que ce morceau de tissu soit celui qui avait enveloppé le corps du Christ, mort. Cette conférence était si convaincante que j'avais été soufflée par ce que l'on disait de ce linceul. En fait l'image du corps du Christ s’y était imprimée comme si l’on avait pris une photographie de son corps et qu’on l'avait transposée sur le tissu. Ce n'était plus la curiosité qui me motivait c'était maintenant le désir d'aller voir ce linceul et de prier devant lui. Il y avait beaucoup de détails qui étaient miraculeux et qui prouvaient que certainement ce linceul était celui qui avait enveloppé le corps du Christ. Donc lorsque ce fut l'ostension du linceul à Turin nous fîmes le voyage tous les trois. Le linceul était exposé à la cathédrale de Turin. Je me souviens que nous nous sommes trouvées Nelly et moi dans cette cathédrale à admirer, à considérer de loin ce linceul. Chacun passait par un chemin bien balisé devant le linceul où l'on ne pouvait pas rester très longtemps. Après un moment d'adoration du fond de l'église Nelly qui ne désirait pas prendre la file qui avançait au pas pour passer devant le linceul me dit qu'elle avait le désir d'acheter je ne sais plus quel article dans une échoppe et que le mieux, puisque moi je voulais, et cela allait durer longtemps, prendre la file qui passait devant le linceul dans le chœur, était de nous donner un rendez-vous à l'intérieur de l'église et nous retrouver là dans deux heures. Je la laissai donc partir et moi je pris la file qui devait passer devant le linceul. C'était très long car chacun avait le droit de s'arrêter, mais pas plus de quelques minutes, devant le linceul. Je priai parmi les gens de cette foule. Et puis nous arrivâmes dans le chœur où la pièce d'étoffe était exposée. En effet on discernait le corps du Christ, ses plaies et je fus saisie d'une grande attirance vers ce qui avait été son dernier vêtement, son vêtement mortuaire. J’étais happée par cette vision de son corps. Et je restais là fascinée ne pouvant en détacher les yeux. On voulut me faire circuler car on n'avait pas le droit de rester plus de quelques minutes, je ne bougeai pas. Je ne pouvais pas bouger. Je ne pouvais pas détacher mes yeux de cette vision du corps de Celui que j'ai toujours aimé depuis que je l'ai rencontré. Donc les gens passaient, on faisait circuler la foule, mais moi, après que l'on m'ait demandé plusieurs fois de quitter le lieu, je restai là et les hommes du service d’ordre avaient vu que je ne pouvais pas le quitter tellement je priais avec force et considérais les yeux agrandis dans une communication vitale le corps du Christ. C’était comme s’Il était là en personne, vivant, et que nous communiquions par le cœur, intensément. J’étais fascinée. Les appariteurs se rendirent compte que quelque chose se passait qui était précieux et qu'il était bon de ne pas m'en priver ni d’en priver Celui que nous aimons et qui s'appelle Christ. J'étais tellement subjuguée, tellement absorbée par cette vision que le temps passa et qu'on ne s'occupa plus de moi qui restais dans un coin privilégié d'où j'avais une vision formidable de ce linceul qui m'avait happée complètement. Et puis, je ne sais pas pourquoi, en fait, (oui maintenant je le sais) cette fascination, cette prière attachée à l'être divin tomba brusquement. Je me retrouvai dans ce monde habituel et terrestre que j'avais quitté pendant une heure, car j’étais restée une heure les yeux rivés attachée que j’étais par mon amour de l’Être qui avait habité ce linceul et dont l'image y était restée gravée. Lorsque cette fascination cessa brusquement de façon très étrange, je repris la file qui s'en allait et je quittai le lieu et je me retrouvai dans le fond de l'église où je constatai que Nelly n'était pas à l'endroit du rendez-vous et je décidai de sortir. À l'époque nous n'avions pas de téléphone portable, nous n'avions rien pour communiquer l’une à l’autre. Elle ne savait pas retrouver le chemin de l'hôtel et je compris alors en sortant pourquoi Christ m'avait demandé de sortir en faisant cesser cette fascination que nous partagions l'un pour l'autre à travers son image qui était gravée sur le linceul. En effet plus personne ne pouvait entrer dans la cathédrale, il y avait un cordon de policiers tout autour de l'église qui interdisait d’y rentrer. Ce qui fait que si Nelly voulait me rejoindre en rentrant dans l'église comme nous en étions convenues elle ne le pouvait pas. Et, je vous l’ai dit, nous n'avions aucun téléphone pour nous relier l'une à l'autre. La situation aurait donc été critique et très, très, très problématique. Nous étions dans une ville inconnue sans moyen de nous retrouver. Mais en sortant voilà que j'aperçus derrière les barrières Nelly qui arrivait. Une coïncidence tellement belle que ce ne peut pas être une coïncidence. Et donc je lui fis signe, elle me vit et nous nous rejoignîmes, ce qui nous permit de rentrer ensemble sans aucun problème. Merci Christ, merci infiniment. Les coïncidences de cet ordre j'en ai tellement vécues lorsque il y avait un problème grave qui s'annonçait. J'en ai vécues aussi qui avaient pour origine la mère du Christ. Merci Maman. Lorsque nous rentrâmes à Paris j'avais tant prié que j'étais totalement imprégnée par la vision de ce linceul. Et lorsque, en l'église Saint Sulpice quand j’y vais, je me retrouve face à la photo du linceul je me rappelle cette attirance que j'avais eue en restant les yeux fixés sur le dernier vêtement du Christ pendant plus d'une heure. Merci Christ.

14 ans

Patouche

Nous étions en vacances à Neaufles maman et moi et voici qu'en longeant le mur du château devant lequel il y avait une abondante végétation de fougères nous entendîmes un léger miaulement. Nous regardâmes dans l’herbe qui était haute et nous découvrîmes un jeune chat, un chat qui se trouvait seul parmi les ronces et les fougères. Nous le ramassâmes, nous le caressâmes. C'était une petite boule de nerfs agressive et jolie comme tout. Elle avait trois couleurs. Nous apprendrons plus tard que ces chats s'appellent des tricolores. Ce sont des chats européens mais dans une nichée où il y a plusieurs chats de différentes couleurs les tricolores sont toujours, ou pratiquement toujours, des femelles et lorsqu'un mâle est tricolore il ne peut se reproduire. Ces chats sont des chats particuliers sans être des chats de race. Que faire de cette petite boule de poils que nous venions d'extirper de la végétation le long du mur du château ? Je la pris dans les bras et la conduisit jusque chez Madeleine à son café-épicerie. Maman demanda à Madeleine si elle avait un carton car nous ne pouvions garder le chat dans les bras toute la journée en attendant de revenir chez nous. Madeleine nous fournit un carton et nous mîmes dedans le chaton qui miaulait à fendre l’âme. Lorsqu'il fut dans le carton il se calma, sans doute parce qu'il était dans le noir et qu'il pensait que c'était la nuit. Nous le ramenâmes chez Madame Vadène où nous habitions pour les vacances. Nous revînmes à Paris avec la chatte que nous avions fourrée à nouveau dans le carton. À Paris elle s'habitua gentiment mais garda son caractère sauvage et agressif. J'ai été sa maîtresse et nous nous adorions. Lorsque je faisais mes devoirs pour le lycée, sur ma table, elle se couchait entre ma lampe et mon livre et ronronnait pendant que j'apprenais mes leçons. Parfois parce qu'elle savait, cette petite chatte, qu’elle n’en n'avait pas le droit mais qu'elle désirait me faire une farce et attirer mon attention elle posait une patte, qu'elle retirait aussitôt, sur mon cahier. C'était vraiment une présence qui m'était devenue indispensable. Je vous rappelle que je n'avais ni frères et sœurs ni amis proches, que mes parents ne m'aimaient que très peu et à leur façon. Alors cette petite chatte qui était devenue si proche de mon cœur c’était ma compagne, mon enfant, mon amour. Mais il en allait différemment pour mes parents ! Pour eux cette chatte était une intruse, surtout qu'elle faisait des bêtises qui, à leurs yeux, étaient impardonnables. Mon père refusa qu'on la fasse opérer. Il disait que ce n'était pas naturel et que les animaux étaient amoindris par cette opération. Je crois surtout qu'il ne désirait pas payer le vétérinaire. Mais il ne supportait pas non plus, lorsque la belle saison arrivait, de l'entendre appeler sur le bord de la fenêtre tous les chats du quartier à pleine voix ou se rouler par terre contre ses jambes. Mon père furieux et qui avait sans doute un problème avec la sexualité, je l'appris plus tard, l'attrapa un jour par le cou et ayant rempli une bassine d'eau glacée la plongea dedans pour la rafraîchir et l'empêcher de continuer à miauler d’une façon qu'il jugeait indécente. J'étais affolée ce jour-là, j'étais affolée à chaque fois que ma chatte subissait des sévisses de la part de mes parents. Pour moi c'était un drame. Ma mère ne lui a jamais donné à manger de la nourriture pour chat. C'était trop cher à ses yeux alors on demandait des rognures de viande au boucher et on les mélangeait avec des légumes. Mais notre chatte était carnivore et très proche de la nature. Les légumes elle n'en voulait pas. Elle triait la viande qu’elle mangeait ensuite et délaissait les légumes. Alors ma mère décidait qu'elle n'aurait rien d'autre tant qu'elle n'aurait pas mangé les légumes sans viande. Et cela pouvait durer longtemps. Elle devait manger des légumes sans un petit morceau, ou même un fumet, de viande. Elle avait faim, elle miaulait. Les légumes dans son écuelle devenaient immangeables même pour une petite chatte qui « crevait la dalle ». Elle souffrait abominablement de la faim et à la fin, et bien que ces légumes soient devenus rances, elle les mangeait. Alors seulement ma mère acceptait de lui servir aussi un peu de viande. Si je me permettais de lui venir en aide je me faisais copieusement disputer par ma mère. Et le cycle recommençait. Non cette chatte n'était pas heureuse avec mes parents et moi je me sentais impuissante. J'essayais bien, en cachette de mes parents, de lui venir en aide mais si cela se savait c'était moi qui « prenais » et qui essuyais toute la méchante incompréhension de mes parents. Je l'aimais Patouche, je l'aimais de tout mon cœur. En plus je me sentais compagne d'infortune avec elle à mon côté. Je n'étais plus seule. Il y avait Patouche. Je l'appelais Patouche parce que, à part moi, elle refusait qu'on la touche. Hélas, hélas je devais connaître une plus grande épreuve encore. Lorsque l'été revint ma mère décida qu'elle ne pouvait plus supporter la litière de la chatte. Elle ne pouvait plus supporter la présence de la chatte. Et il fut décidé de la donner à Madeleine. C'est-à-dire de l’abandonner. Madeleine avait déjà plusieurs chats. Ses chats se nourrissaient comme ils pouvaient et complétaient leur pitance, composée de pain trempé dans du lait, par la chasse des souris. On conduisit donc Patouche à Neaufles et on la déposa dans la cour. J'avais le cœur en lambeaux. Patouche affolée de se trouver dans ce lieu qu'elle ne connaissait pas se sauva par le soupirail de la cave et rentra au sous-sol. Nous n’étions là que pour la journée. Nous rentrâmes à Paris, j'avais le cœur en lambeaux. Quinze jours plus tard nous revînmes à Neaufles. Patouche n'avait pas quitté la cave et plus personne n’osait y descendre. Madeleine nous dit que quand son mari y descendait, la chatte perchée sur une étagère crachait. Il remontait rapidement sans prendre le temps de rapporter les bouteilles parce qu'il avait peur qu'elle lui saute sur la figure et lui griffe le visage. « Ne descends pas, ne descends pas » me dit Madeleine, elle est devenue folle, elle est revenue à l'état sauvage. Je descendis malgré tout et l’appelai « Patouche, Patouche ». Je sentis un mouvement et Patouche sauta à terre. Elle se mit à ronronner en se frottant contre mes jambes. Nous nous étions retrouvées. Nous nous étions reconnues. Nous nous aimions toujours. Cette séparation forcée avait été une souffrance pour toutes les deux. Nous devions revenir, retourner à Paris le soir même. On boucha le soupirail de la cave pour que Patouche ne recommence pas à y pénétrer. À Paris je dus lutter contre le chagrin en me retrouvant seule sans Patouche, sans mon enfant, sans ma compagne, sans mon unique amie. Chaque fois que nous retournions à Neaufles Patouche me faisait la fête. J'entretenais cette belle amitié avec des boîtes de pâté pour chat dont elle raffolait et dont elle ne bénéficiait pas souvent. Hélas elle dut mourir un jour de façon atroce. Elle était bonne chasseuse de souris, elle était bonne aussi en tant que mère de famille car elle faisait ses petits dans le grenier et quand Madeleine les cherchait en la suivant pour pouvoir aller les noyer Patouche la détournait de sa portée. Elle amenait Madeleine partout dans le grenier sauf à son nid. Malgré tout elle perdit beaucoup de ses petits. Ils furent noyés comme souvent les chats à la campagne. Et, comme je le disais elle mourut tragiquement car les souris s'étant mises à proliférer chez Madeleine celle-ci répandit de la « mort aux rats ». Et comme Patouche était une bonne chasseuse elle mangea une souris qui était pleine de poison. Évidemment lorsque j'appris la nouvelle qu’on me raconta de façon légère comme d'un fait sans importance mon cœur à nouveau fut brisé. Vous me demanderez pourquoi mes parents étaient si inconséquents, ils me permettaient d’avoir un chat et lorsque j’y étais très attachée ils m’en privaient. On comprend mon angoisse. Hé oui sachez que ce ne fut pas la seule enfant chatte à laquelle je dus renoncer. Il y eut un jour une autre petite chatte. Celle-ci était blanche avec des poils angora. Elle était magnifique et très douce, très gentille, très timide. Alors pourquoi dus-je souffrir la hargne de ma mère encore une fois ? Pourquoi Dieu a-t-il permis que je m'attache à cette chatte pour renoncer ensuite à elle ? Celle-ci ne causait aucun des ennuis qu’avait pu occasionner Patouche, elle ne miaulait que très peu, était d'une gentillesse et d'une douceur exemplaires. Seulement ma mère avait décidé que mon cœur devait être brisé à chaque fois que je m'attachais à un animal. On ne savait où se débarrasser d’elle ? À l'époque une dame venait faire à la maison un peu de repassage. Elle travaillait aussi dans un immeuble de bureaux où il y avait de nombreuses employées. Elle conduisit la petite chatte dans l'immeuble de bureaux et quelques jours après la petite chatte avait disparu. Je n'ai jamais su ce qu'il était advenu d'elle. Avait-elle été adoptée par l'un des employés ? S'était-elle sauvée et avait-elle été mourir dans un coin ? Je n'en sus jamais rien mais je peux le redire aujourd'hui mon cœur devait ne jamais se remettre de toutes ces épreuves.

73 ans

Dans le bus

Je me suis assise dans le bus sur les sièges derrière la vitre qui sépare les passagers du chauffeur. Cet endroit-là est très étroit c'est pourquoi habituellement ne peuvent s'y asseoir qu'un adulte avec son enfant. J'ai déposé près de moi le gros sac qui m'a servi à faire des courses. Et je regarde par la fenêtre. Je suis là, tranquille depuis deux stations, à rêver. Dans le bus il y a beaucoup de places libres. À un moment donné je sursaute car quelqu'un vient de m'adresser la parole de façon peu aimable. Une dame corpulente me regarde et elle répète son interjection : « Madame votre sac ». Je comprends qu'elle veut que j'enlève mon gros sac posé à côté de moi sur la banquette pour pouvoir s'y asseoir. Cependant je trouve l'idée un peu ahurissante car vu sa corpulence et la mienne je me demande si l'on va pouvoir s'asseoir côte à côte toutes les deux. Malgré tout j'enlève mon sac et je ne sais pas trop où le poser car entre mes jambes et la vitre qui nous sépare du chauffeur l’espace est très étroit. Je garde donc mon gros sac sur mes genoux. Et la dame s’assoie à côté de moi. Nous sommes tellement serrées que je sens son postérieur pressé contre le mien ce qui m’est très désagréable. Je pense que pour elle ce doit être désagréable aussi. Je tourne mon regard vers la vitre et je tombe sur le reflet de son visage. J’y découvre qu'elle sourit d'un air tout à fait ironique. Elle a l'air parfaitement contente d'elle-même comme si elle avait fait une bonne farce. Je comprends alors que c'est quelqu'un qui aime mettre les autres dans l'embarras et que je viens d'être sa victime. Oh je trouve cela parfaitement désagréable. Alors je médite une petite vengeance qui va lui faire regretter d'être venue s'asseoir à côté de moi. Je tourne la tête vers elle et je lui dis d'un air parfaitement contrit : « excusez-moi madame pour mon sac tout à l'heure. Mais voyez-vous je souffre d'un virus extrêmement contagieux. Et je ne voudrais pas que quelqu'un qui soit trop près de moi attrape ce virus. Car c'est une maladie extrêmement invalidante ». Elle peut me croire car j'ai à côté de moi ma canne. Mon intervention et mon petit discours ne semblent pas lui avoir fait plaisir. Je me tourne à nouveau vers la vitre et je vois que son expression a changé. Elle ne sourit plus du tout. Elle a quitté son air ironique. Elle « fait la gueule ». Je comprends qu'elle me croit et qu'elle commence à avoir peur. Peur d'attraper une grave maladie, peur d'attraper le virus dont je lui ai parlé. Je dois descendre deux stations plus loin. Je m'excuse car je dois passer devant elle. Elle se lève précipitamment et fait deux pas en arrière. Je pars en lui adressant un gentil sourire et en m’excusant. Appuyée sur ma canne avec mon gros sac de l'autre côté je descends lourdement les marches du bus. Et sur la chaussée je me mets à boiter ostensiblement. Je tourne les yeux vers le bus et je vois mon adversaire qui a pris un air soucieux et même un peu effaré. Je m'éloigne en claudiquant du bus. Celle-là cela m'étonnerait qu'elle continue à importuner les voyageurs dans le bus. Je conçois que c'est un plaisir qui va lui manquer. Et je ne serais pas étonnée qu'en rentrant chez elle, elle ne prenne sa température et appelle son médecin. Ah, ah, ah !

31 ans

Décoration florale

Je ne fis pas que du catéchisme après avoir fait ma première communion à la paroisse Notre-Dame de Lourdes. Un jour le père Moineau me demanda de décorer l'église avec des fleurs tous les week-ends. Et il m'inscrivit à un stage pour que je puisse apprendre l'art floral liturgique. En effet un bouquet que l'on compose pour la messe dominicale ce n'est pas n'importe quel bouquet. Ce doit être quelque chose de symbolique qui rappelle l'Évangile du dimanche. Donc me voici dans un groupe de dames, certaines vraiment âgées, qui doivent, comme moi, apprendre la science de composer des bouquets d'autel et des bouquets d'église. Nous sommes six ou sept sous la direction de notre professeur, une fleuriste spécialisée dans l'art floral liturgique, avec toutes les fleurs à notre disposition. Et il y a des fleurs en abondance pour composer des bouquets symboliques. Ce fut un stage vraiment très heureux et on se sentait riche de pouvoir utiliser toutes ces fleurs et ces feuillages et même des roses, des lis et de très belles fleurs pour apprendre à servir le Seigneur dans l'art éphémère des compositions florales. Après cela j'entrepris mon travail dans mon église. Je n'avais pas, moi, toutes les fleurs que je désirais à ma disposition. Car le père Moineau ne voulait pas dépenser trop, juste pour fleurir église. Il y avait beaucoup d'autres urgences. Je ne dis rien mais je doublai à chaque fois, toutes les semaines, la modique somme qu'il m'allouait pour acheter des fleurs au marché. Donc je ne pus que rarement utiliser des fleurs rares ou des roses ou des lis qui coûtent très chers. Je mis beaucoup d'argent tout en ne pouvant jamais utiliser, ou alors je le faisais pour les fêtes, bénévolement également, toutes les fleurs rares et onéreuses dont j'aurais eu besoin. Mais j'utilisais des fleurs plus courantes et moins chères. Malgré tout, mes bouquet étaient fort jolis et j’eus de multiples compliments. Quelquefois j'ajoutai en bas de ma composition quelques vers d’une petite poésie qui correspondait à la fête que nous souhaitions ce dimanche-là. Ah quel bonheur le samedi d'aller au marché et ensuite de me retrouver dans la sacristie seule à composer mes bouquets. Car ce n'était pas le simple petit bouquet c’étaient de grands bouquets qui nécessitaient beaucoup de fleurs et étaient majestueux en l'honneur du Seigneur. Il y en avait plusieurs bien entendu et je passais des heures à composer avec de « l'oasis », une mousse dans laquelle on plante les fleurs et qui retient l'eau et les nourrit, de très beaux bouquets, il faut l’avouer. Il faut dire que je mettais tout mon cœur d'amoureuse du Seigneur et que je cherchais à embellir cette église pour Le rendre heureux également et permettre la prière de mes amis, des gens qui venaient à la messe mais pour rendre heureux aussi Celui qui a tant fait pour moi dans ma vie douloureuse et qui s'appelle Christ. Je dus arrêter mes fonctions au bout de deux ans. D'abord parce que certains me jalousaient de pouvoir occuper seule cette fonction. Et c'est vrai que c'est très agréable de travailler dans la beauté pour le Seigneur. Mais il y avait surtout le fait que ma grand-mère était à l'hôpital et que nous devions aller la voir tous les samedis. Le dimanche ne me servait qu'à préparer la classe de la semaine suivante. Donc je laissai la place au bout de deux ans.

Et voilà que j'entendis parler de l'art floral liturgique alors que j'étais étudiante à l’Institut catholique de Paris de nombreuses années plus tard. Mais cela me posa un vrai chagrin car j'en entendis parler de façon calomnieuse. Nous étions en cours à l’IER et nous parlions de liturgie. Or l'art floral liturgique fut traité avec mépris. Oh il y avait beaucoup d'autres façons d'honorer le Seigneur mais ça c'était quelque chose qui n'était pas reconnu comme étant utile et nécessaire. Et j’eus aussi le désagrément, qui me mit en colère, d'entendre dire ces mots vraiment moches. : « Sont-elles vraiment utiles disait l'un, ces petites vieilles ridicules et leurs bouquets prétentieux ?». Entendre, alors que nous étions un groupe de chrétiens, dire du mal ainsi, dire des choses désagréables de dames chrétiennes qui avaient mis tout leur cœur pour embellir bénévolement l'église ça faisait mal. Est-ce cela être chrétiens, est-ce cela ? Dire du mal des autres et, en ce qui concerne cette fois là, dire du mal de paroissiens âgés qui expriment leur foi avec leur talent pour plaire à Dieu et enrichir la messe du dimanche ? Est-ce cela être chrétien ? Je fus vraiment en colère, j'essayai de défendre l’art floral liturgique et de défendre ces petites dames âgées qui offrent leur temps pour le Christ. Je les connaissais moi ces petits dames âgées je les avais fréquentées pendant mon stage. Je peux vous assurer  qu'elles n’étaient en rien ridicules, qu'elles n’étaient en rien prétentieuses, qu'elles étaient seulement dignes de celui qu'elle voulait servir et qui s'appelle Dieu. Et ces moments vécus en bonne camaraderie, ces moments fleuris passés à manipuler des plantes puisées dans la création tels que sont les marguerites ou les glaïeuls ou les fougères nous donnaient le sentiment d’une plongée dans le beau et la délicatesse. Ces emprunts à la nature, au vivant, étaient des emprunts à l’œuvre de Dieu que nous transformions avec une grande admiration pour leur beauté et un véritable respect pour le Ciel afin de leur donner un sens liturgique et les offrir au Seigneur. Y-a-t-il offrande plus gracieuse et naturelle que celle de quelques fleurs, d’un bouquet éphémère qui a pris sur chacun des pétales de chaque fleur déjà dûment colorés les teintes de l’amour de façon artistique. Ces produits de la terre et ce savoir des hommes mêlés pour rendre grâce à Dieu.

30 ans

Première communion- Paris 20ème

Je viens de faire ma première communion, j’ai trente ans. C’est à la suite d'une lourde maladie, d'une épreuve terrible, une épreuve épouvantable, que j'ai eu la révélation. Si j'ai eu cette révélation d'un Dieu d'amour c'est qu'il m'a aidée. J'ai fait ma première communion deux ans après avoir commencé le catéchisme. Dans mon enfance mon père avait tout fait, en bon communiste, pour que je ne puisse jamais croire en Dieu et quelle que soit la religion qui parlait du Créateur et conduisait à Lui. Mon père, agnostique et épouvantablement résolu à le rester était venu nous voir un soir chez nous. Nous étions dans la cuisine. Mon mari, notre fille et moi, nous venions de terminer de dîner. Il est arrivé, il s'est assis, nous avons commencé à parler mais il semblait lointain et à un moment donné il me regarde d'un drôle de regard, un regard sérieux presque culpabilisant, vraiment un regard grave. Et il me dit « alors Il existe ? », question extraordinaire très profonde « Est-ce que Dieu existe ? » Il s'était sans doute toujours posé cette question à laquelle il répondait toujours « non » pour les raisons qui étaient les siennes et c'est à moi qu'il demandait s'il existait après avoir été interpellé par ma conversion. Je répondis du tac au tac « oui je L'ai rencontré », mais je n'en dis pas plus, lui non plus n'en dit pas plus. Nous passâmes une soirée tranquille, nous partageâmes le dessert et puis il s'en alla. Nous n'en dirions jamais plus que ça. Je ne sais pas ce qu'il pensait, je ne sais pas ce qu'il croyait, je n'ai jamais compris ce qu'il a vraiment cru ou vraiment pensé. Je sais qu'enfant il était croyant, il était même enfant de chœur et il aimait ça. Je sais qu’il avait, à l’époque, une grande confiance dans les prêtres. Il m’avait raconté qu'il partait en colonie de vacances et que c’était de très bonnes vacances parce que les prêtres racontaient des histoires le soir à la veillée et qu'il aimait ça, que ça lui plaisait et que ces vacances était très heureuses. Et puis voilà il était devenu communiste, il avait rencontré d'autres personnes qui ne croyaient pas et lui non plus ne croyait plus, il avait tout rejeté. Mais où en était-il ? Pourquoi se posait-il des questions, encore ? Oui il s'en posait certainement encore puisqu'il m'en avait posé une, capitale, ce soir-là « alors il existe ?» Qu’a-t-il cru,  que n'a-t-il pas cru, après que nous ayons eu ce court échange qui ne fut jamais suivi d'aucun autre. Il me voyait pratiquer, il me voyait aller à l’église, il me voyait revenir à une bonne santé et sans doute grâce, le comprenait-il, à cet amour divin. Nous n'en n’avons jamais reparlé. Il est mort d'un cancer du foie, d'une cirrhose, il buvait tant. Et puis je fus toujours inquiète pour ce qu'il était devenu après cette mort jusqu'au jour où j’ai eu l'occasion de demander pour lui et pour ma mère également, un pardon divin. Je vous raconterai ça plus tard. J’ai l'esprit tranquille, merci mon Dieu merci pour l’avoir sauvé lui qui fit tant et tant pour que jamais je ne te rencontre. C’était mon père ce pauvre homme qui, au cours de ses crises d’alcoolique m’a fait tant de mal, c’était mon père. Mais à présent c’est Toi, mon Dieu, que j’ai choisi pour père, Toi qui par nos échanges affectifs et par tout ce que Tu as fait pour sauver ma vie, a reconstruit ce que lui, Jean père terrestre, avait concassé en moi.

74 ans

Pandémie – Litière - Rosny-Sous-Bois

La pandémie du Covid-19 s'est déclarée en France comme dans d'autres pays. Chacun craint d'attraper le Coronavirus qui est tellement contagieux et qui peut amener les personnes âgées jusqu'à la mort. On nous a donné des consignes pour rester confinés chez nous. Avec André, afin d'acheter des produits de première nécessité et pour se nourrir, nous avons une première fois commandé sur Internet, avec livraison dans un « drive », des marchandises. Tout s'est très bien passé, André n’a même pas vu en descendant de la voiture un employé, car toutes les marchandises que nous avions commandées se trouvaient dans des casiers que l'on ouvrait grâce à un code qui nous avait été attribué. Nous ne tenions pas à faire des courses en magasin et à sortir de chez nous. Mais hélas la seconde fois que nous avons voulu faire des courses sur le net cela ne s'est pas passé de la même façon. La commande que nous avions faite à été annulée, sans que l'on nous prévienne, car le magasin n'avait pas été réapprovisionné. Nous avons essayé d'être livrés plutôt que d'aller chercher des marchandises sur un drive dans d'autres boutiques. Mais tout était bloqué car nous n'étions pas les seuls à vouloir user de cette pratique pour nous approvisionner. Alors il fallut bien se rendre à l'évidence, nous étions obligés pour faire des courses d'approvisionnement de sortir de chez nous et d'aller dans les magasins de Rosny. L’attente y était interminable. Surtout que chacun, pour respecter les consignes, se tenait à un mètre de la personne qui la précédait. Pour accéder au magasin Leclerc les files d’attente sur le trottoir étaient immenses. Je réussis à faire les courses dans une petite boutique d’un autre quartier et j'achetai le maximum. Or cette petite boutique sans que nous en ayons été avertis ferma le lendemain. Il nous manquait de la litière pour les besoins de notre chat. Impossible de trouver un paquet de litières. Il fallait bien que notre chat crotte et nous étions dans l'embarras. À la fin je dis à mon mari : on pourrait peut-être utiliser de la terre prise en bas de chez nous où il y a des pelouses et de la terre. André ne l'entendait pas de cette façon car avec justesse il pensait que le chat répandrait avec ses pattes de la terre dans tout l'appartement. Je réfléchis et je me dis qu'autour de nous il y avait des squares où allaient jouer les enfants. Jadis les jeux pour enfants étaient installés dans des bacs à sable. Alors je proposai à André d'aller chercher du sable pour remplir le bac de notre chat. Mon mari  n'était pas d'accord mais cela me semblait une solution possible. Donc le lendemain, alors qu'il n'était pas encore levé et que j’étais déjà prête, je pris mon ancien déambulateur, celui dont je n'avais plus aucun besoin pour marcher, et j’emmenai des sacs et une pelle pour aller chercher du sable dans les squares alentour. Toute sortie était interdite sans être porteur d’une autorisation à remplir soi-même et en donnant la raison de notre sortie. On avait seulement le droit de sortir pour aller chercher de l'alimentation ou des médicaments ou pour une courte promenade quotidienne et pas plus d'une fois par jour et avec toutes sortes de restrictions. Je réfléchis et me dis que si on me voyait prendre du sable on me demanderait ce que je faisais là et en quoi il s’agissait d’une sortie obligatoire. Je n'allais certes pas raconter que c'était pour mon chat qui manquait de litière. Il me fallait trouver une bonne raison pour être dans le droit de sortir. Alors je me dis en remplissant mon autorisation de sortie que si l'on m’interrogeait je dirais que je souffrais d'une maladie des pieds ou d’une dermatose et que mon médecin m'avait prescrit un sable médical pour me frotter les pieds tous les jours. Je dirais que ce sable médical je l'achetais régulièrement à Paris dans une boutique spécialisée pour les traitements des mycoses. Et comme plus personne ne pouvait voyager et qu'il m’était évidemment impossible d'aller à Paris, j'étais dans l'obligation de trouver un autre moyen pour soigner mes pieds. Alors je raconterais que mon médecin m'avait dit que, au cas où je manquerais de sable médical, un sable ordinaire pourrait faire l'affaire. Mais comment prouver que mon médecin m'avait un jour prescrit du sable médical ? Je trouvais même à ce sable médical un nom. Je dirais que ce sable, (qui du reste n'était pas remboursé par la sécurité sociale et n'avait pas besoin d’une ordonnance) s'appelait le sablicot. Je me souvins que mon médecin m'avait prescrit des chaussures spéciales pour les pieds qui, comme les miens s ‘affaissaient, et que j'avais une ordonnance pour des chaussures orthopédiques. Je partis donc avec cette ordonnance et cette fable que j'avais mûrie dans ma tête. Hélas ce ne fut pas facile. Car les squares étaient fermés. Il fallait, c'était la règle et la loi désormais, que chacun reste chez soi. Il n'était pas question d'aller se reposer dans un square ou un jardin. Et d'autre part le sable n'était plus le moyen que l'on avait pour empêcher les enfants de se faire mal en tombant des jeux. À présent c'était un moderne tapis de sol que l'on employait. Où trouver du sable ? Je me retrouvai bientôt à la porte du cimetière. Je me dis que peut-être là je trouverais dans une allée du sable. Mais le cimetière était fermé. Première porte avec un écriteau, « il était fermé ». Deuxième porte avec écriteau, « il était fermé ». Troisième porte avec un écriteau, « il était fermé ». Que faire ? Je vis qu'il y avait sur le côté des plantations avec des copeaux de bois pour assurer l'humidité des plantes. Je m'y intéressais mais pas trop longtemps car ces copeaux de bois pouvaient être dangereux pour les pattes de mon chat. Je ne perdis pas courage, je continuai un peu et trouvai du sable dans un jardin, en surface, un jardin qui devait servir au jeu de boules, à la pétanque. Il y avait du sable en surface. Mais il y avait une couche de sable si fine que je ne voyais pas comment le ramasser. Cependant je sortis la pelle que j'avais amenée en me disant qu’en grattant un peu j'arriverais peut-être à obtenir deux ou trois poignées de sable. J’étais de plus en plus ennuyée. Je me faisais de plus en plus de souci sur le fait que mon chat n‘ait rien pour faire ses crottes. J'en étais là de mes réflexions dans ce petit parc quand j'aperçus sur le trottoir à vingt mètres de moi une dame qui passait avec un paquet de rouleaux hygiéniques sous le bras et qui tirait un chariot de course. Je lui criai « bonjour Madame » et elle se retourna. Alors je lui demandai « où avez-vous trouvé une épicerie ? » Et voyant qu'elle n'allait pas dans le sens où j'allais et me disant que sans doute elle venait de chez Leclerc au centre-ville où elle avait passé des heures je lui demandai « croyez-vous qu’il y a un épicier sur mon chemin par là ? » Nous avions toutes deux un masque sur le visage ce qui créa entre nous une certaine complicité. Elle me fit signe qu’en effet il y avait deux épiceries sur la route qu'elle prenait pour revenir chez elle et que je n'avais qu'à la suivre. J'avais fait déjà au moins deux kilomètres. Je continuai en la suivant de loin. Elle m'avertit qu'à droite il y avait une épicerie mais qu'elle était fermée. Alors je continuai en la suivant toujours de très loin. Non pas que je craignais le coronavirus mais seulement parce qu'elle était très en avance sur moi. Elle m'indiqua très gentiment qu’il y avait dans cette localité de Rosny-sous-Bois, qui était d'un quartier éloigné du mien, une épicerie sur une petite place. Je reprenais espoir. Je me rendis donc dans cette petite épicerie avec au cœur des pensées plus rassurantes. Je demandai au marchand « avez-vous de la litière pour mon chat ? » Hélas il n'en n’avait plus. Je recommençai à m'inquiéter. Je lui demandai s'il serait livré bientôt. Vu les circonstances que nous vivions il ne pensait pas qu'il pourrait être livré, tout au moins rapidement, des paquets de litières qu'il avait commandés. Hélas cette quête de litières finirait-elle un jour ? Je me sentis à nouveau inquiète. Je lui demandai « savez-vous s'il y a un autre épicier par là où je pourrais trouver de la litière pour mon chat ?» (En plus j'ai oublié de vous dire que nous étions dimanche et que la plupart des magasins étaient fermés). Il m’indiqua un quartier très éloigné, avec de hautes tours, des HLM, où il y avait, rue Philippe Hoffmann, un épicier mais qu'il ne savait pas s'il était ouvert ou fermé. Je pris la direction des grandes tours et je marchai, je marchai, je marchai mais je m'aperçus bientôt que j'avais dû me tromper. Nous étions dans le quartier des Marnaudes, quartier où je n'avais jamais été et qui avait la réputation d’être un quartier sensible. Cependant il n'y avait personne car tout le monde devait suivre les consignes du gouvernement et rester chez soi à moins de raisons impérieuses. Je marchais dans les rues désertes et je compris bien que je m'étais trompée et que je ne trouverais jamais le magasin que l'on m'avait plus ou moins bien indiqué. Je regardais autour de moi il n'y avait pas non plus de sable nul part. Que faire, que faire, que faire ? J'étais partie de chez moi depuis au moins deux heures et demi et je me retrouvai dans un quartier que je ne connaissais pas. J'étais totalement perdue. Même pour revenir chez moi je ne savais pas comment j'allais faire. Car il n'y avait personne à qui demander son chemin. Tout était désert. Et voilà qu’un jeune homme s'avance dans ma direction. Enfin une âme vivante ! Et il s'adresse à moi sans trop m'approcher. Les consignes étaient de ne pas s'approcher de quelqu'un à moins d'un mètre. Car le coronavirus est très contagieux. Il me posa une question. « Savez-vous si l'épicerie de la mare est ouverte ? » Je répondis que je ne pouvais pas le savoir car je n’étais pas du quartier et que moi j’étais en train de chercher désespérément cette épicerie. Alors pouvait-il me dire où elle se trouvait ? Il m’indiqua que c'était plus loin dans la rue où nous étions. Et il partit en avant pour se rendre à cette épicerie. Je partis derrière lui. Il marchait très vite et disparut bientôt. L’épicerie n'était pas très proche. Cependant la consigne qu'il m'avait donnée était claire et simple. Il suffisait de suivre le trottoir et l'on arrivait à cette boutique. Mais allait-elle être ouverte ? Rien n'était moins sûr. Je recommençai à me faire un peu de souci. En fait dans mon cœur l'espoir et l’inquiétude cohabitaient de façon plus ou moins agréable. J'aperçus bientôt une petite enseigne, celle de l'épicerie. Mais elle était minuscule cette épicerie. C'était au rez-de-chaussée ou plutôt à l'entresol d'un pavillon. Lorsque que je poussai la porte de l'épicerie, car elle était ouverte, je posai cette question fatidique en tremblant. Je n'étais pas sûre du tout que l'on me réponde affirmativement. Et si l’on me répondait négativement toute ma quête était à poursuivre jusqu'à temps que je sois découragée ou que je trouve le produit précieux que je cherchais. Je posai donc la question « avez-vous de la litière pour chat ? » Il y avait deux employés dans la boutique ou peut-être le patron et son employé. Et ils avaient de la litière pour chat. Il y en avait même une dizaine de paquets. Je respirai enfin. Comment un paquet de litières pour chat peut-il devenir précieux comme un paquet de pièces d'or. Je venais d'avoir la réponse. Mon chat ne serait pas obligé de crotter partout dans l'appartement car il allait avoir de la litière pour rester propre. Je revins à la maison après avoir acheté cette litière plus d'autres produits de première nécessité. J'avais eu de la chance car cette boutique devait fermer le soir même et les employés et le patron aussi bien sûr, partir pour quinze jours en Algérie. André à mon retour me dit qu’il s'était fait du souci et n'avait pas osé m'appeler au téléphone bien que j'ai été absente très longtemps. Quand il vit que je ramenais de la litière pour notre chat il fut bouleversé de plaisir. Comment de la litière pour chat peut-elle donner un tel plaisir ? Vous avez la réponse. Il s'étonna que j'ai pu en trouver. Je lui racontai le périple et toutes mes recherches. C'était évidemment beaucoup mieux que si j'avais trouvé du sable. Devant l'étonnement d'André et parce que sur mon parcours j'étais tombée sur un petit calvaire où le Christ était accroché à la Croix et que j'y avais prié non pas pour trouver de la litière mais pour que Dieu nous aide tout au long de la pandémie, je répondis : le Christ a dit : « cherchez et vous trouverez. Frappez et l'on vous ouvrira. Demandez et Il vous donnera. » C'est exactement ce qui s'était passé pour moi.

69 ans

Pontmain

Pour la deuxième fois nous avions pris nos vacances au Mont-Saint-Michel. Nous étions en camping-car. Les accès avaient changé et on ne pouvait plus venir jusqu'au pied du mont en voiture. Il fallait prendre une navette pour y arriver à partir du nouveau parking. On était extrêmement serrés dans la navette c'était beaucoup moins facile que la première fois que nous étions venus. Nous nous étions promenés à nouveau au Mont-Saint-Michel mais nous avions trouvé qu’il y avait beaucoup plus de commerces et beaucoup moins de recueillement que la première fois. Alors que nous visitions une église non loin de là, à Avranches, une dame de la paroisse qui était préposée à cela nous demanda si nous désirions faire une visite guidée de l'église. Bien sûr avec enthousiasme nous acceptâmes. Après la visite guidée nous demandâmes à notre guide s’il y avait des sites intéressants à voir, autres que ceux que nous connaissions déjà. Alors elle nous parla de la ville mariale de Pontmain qui n'était pas très loin. Nous n'avions jamais entendu parler de cette ville mariale de Pontmain. Elle nous donna quelques indications et le lendemain en camping-car nous nous y rendîmes. Marie est apparue dans tellement de lieux sur terre et dans tellement de lieux en France qu’il est difficile de tous les connaître. Nous avions déjà été, bien sûr, de nombreuses fois à Lourdes et nous connaissions également « la Salette » et d'autres lieux. À Paris il y a, et nous y allons souvent, la chapelle au 140 de la rue du Bac où Marie apparut en 1830. Mais la ville mariale de Pontmain non jamais nous n'en n’avions entendu parler. Il y a là un très joli camping où nous laissâmes notre camping-car avant de nous rendre à la basilique. En fait Marie était apparue en janvier 1871 pendant la guerre contre la Prusse. À l'époque l’église du village avait déjà été grandement embellie par le père Guérin, son curé. Il y avait fait de nombreux aménagements comme l’ajout de deux chapelles latérales. Il y avait aussi construit une école, avait fait améliorer les routes menant à Pontmain. Pendant la guerre contre la Prusse une trentaine de jeunes gens du village avaient été enrôlés dans l’armée de la Loire. Le village n'avait plus de nouvelles d’eux. Beaucoup de parents désespérés et des habitants du village qui étaient attachés à ces jeunes, pensaient que ces conscrits avaient été tués. Un soir, dans une grange, un gamin était en train, avec ses parents, de piler des ajoncs pour nourrir les animaux. Et il sortit de la grange un moment pour prendre l'air. Alors quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir dans le ciel une « belle dame ». Elle était posée sur les nuages au-dessus de la maison qui faisait face. Il rentra vite dans la grange et en informa ses parents qui ne le crurent pas. Ainsi se passa la soirée où ce gamin essaya d'avertir ses parents qu’une dame s'était installée dans le ciel, une dame souriante dont la robe était bleu nuit, parsemée d'étoiles, exactement comme le nouveau plafond de l'église du village que le père Guérin avait restaurée. Finalement un peu plus tard dans la soirée d’autres enfant virent cette belle dame alors que les adultes ne voyaient rien du tout, sauf trois étoiles dans le ciel qui étaient apparues et qui brillaient anormalement. On appela le curé du village, on appela les sœurs et on put constater que les enfants voyaient tous les six une belle dame alors que les adultes ne la voyaient pas mais voyaient les étoiles insolites et inconnues qui en fait dessinaient une mandorle. Tout le village s'était réuni et les gens se mirent, à la demande du père Guérin, à chanter des chants à la gloire de Marie et des chants d'église. La dame n'était pas statique. Lorsque dans les chants on évoquait la résurrection de son Fils ou sa naissance elle avait un grand sourire. Mais lorsque l'on évoquait la passion du Christ alors elle s'attristait. Elle fit des gestes aussi. Elle levait les mains ou les baissait. Et bientôt s’écrivit dans le ciel en lettres bâtons un message. Les enfants déchiffrèrent au fur et à mesure que les lettres apparaissaient ce message qui s'imprimait dans le ciel. Marie ne parla pas, elle écrivit. Elle écrivit ceci « Prier mes enfants vous serez exaucés en peu de temps Mon fils se laisse toucher ». Ce message qu'elle délivrait ainsi était un message d'espérance. La prière des villageois allait certainement en grande partie au désir de revoir les conscrits dont on n'avait pas de nouvelles et de les retrouver en bonne santé. Deux semaines après cette unique apparition de la vierge l’armistice fut signée entre la France et la Prusse et tous les conscrits revinrent, sains et saufs, au village. Plus tard on fit bâtir une magnifique basilique dans ce village qui comptait peu d'habitants. Des pèlerinages furent organisés. Des grâces ont été déversées par l’intercession de la Vierge sur les gens qui se rendaient à Pontmain pour prier. André et moi avions entendu parler de Pontmain par la dame qui nous avait fait la visite guidée de l'église et nous avait dirigés vers cette ville mariale. Nous étions donc arrivés là et nous étions installés au camping. Le lendemain nous fîmes, nous aussi, le pèlerinage de Pontmain. Mais nous ne restâmes pas longtemps. Car le médicament que je prenais et que j'étais obligée de prendre malgré ses effets secondaires, me rendait malade et extrêmement fatiguée et obligée de rester à me reposer une grande partie de la journée. C'est pourquoi l'année suivante nous décidâmes de retourner à Pontmain. Cette fois ci nous ne prîmes pas le camping-car. De Rosny-Sous-Bois à Pontmain il n'y a que 4 h de route mais il est aussi possible de loger chez les sœurs et d’y séjourner en pension complète. J’étais moins malade que la première fois. Et nous avions amené des cadeaux pour le recteur du sanctuaire. Il nous reçut très aimablement.

L'année suivante nous décidâmes André et moi alors que nous organisions une exposition à la Salle Royale de l'église de la Madeleine de prendre pour invités d'honneur la ville et le sanctuaire de Pontmain. À noter que plusieurs de mes œuvres, ou leur reproduction, se trouvent exposées en permanence à Pontmain au « restaurant de la Poste » où nous avions fort bien déjeuné. (Nous sommes toujours en relation avec Monsieur et Madame Ève qui tiennent ce restaurant et qui sont des gens d'une grande amabilité). Donc à la Salle Royale alors que le thème de l’exposition était « parler de sa foi » nous avons réservé tout un mur pour présenter la ville de Pontmain et son sanctuaire. Nous avions pris beaucoup de photos lorsque nous étions à Pontmain. Nous les avions gentiment encadrées et il y avait un texte qui racontait ce que Marie avait fait pendant son apparition. Nous avions réservé des récompenses pour honorer et la ville et le sanctuaire de Pontmain. Pour le sanctuaire nous offrions avec le diplôme un plateau gravé sur lequel il est écrit que le sanctuaire de Pontmain avait été invité d'honneur à l'église de la Madeleine à Paris. Pour Madame le Maire nous avions réservé une très grande et belle coupe pour attester de la même chose. Mais pour le sanctuaire de Pontmain j'avais prévu quelque chose de plus en relation avec l'apparition et avec la Vierge. J'avais demandé à Marie-Dominique Willemot, une artiste de mes amies qui a une pratique très équilibrée et très ensoleillée dans le style rencontre de couleur abstraite, de faire une oeuvre où elle ferait figurer la Vierge de Pontmain. J'avais une grande confiance en Marie-Dominique. Je savais qu'elle était croyante et sa vie était digne de faire un tableau à la gloire de la Vierge. Je n'ai pas assisté aux étapes de l'élaboration du tableau. Marie-Dominique ne me montra rien avant que son œuvre, peut on dire son chef-d'œuvre, ne fut achevée. Lorsque qu’elle eut fini elle m'en envoya une copie. Je fus étonnée de trouver là une oeuvre qui était exactement ce que moi et ce que notre mère Marie, aurions pu désirer. Parmi des taches de couleur qui étaient habituelles à Marie-Dominique pour donner de la lumière à son œuvre, Marie figurait telle qu’à Pontmain on la représente mais les yeux baissés, clos sur une prière intérieure toute de recueillement et de douceur, de tendresse et de bonté et les petits voyants étaient eux aussi représentés mais de dos, bien que l'on vit leurs mains jointes. Et tout ceci respirait un air de Pontmain, un air de recueillement, un air de « merci Vierge Marie », un air de douceur, de tendresse un air d'apparition mariale. Les représentants de la ville et du sanctuaire ne vinrent pas à Paris car c'était malgré tout un voyage assez long. Alors nous décidâmes de porter jusqu'à la ville mariale les distinctions et cadeaux que nous avions préparés et que nous avions montrés à la Salle Royale de l'église de la Madeleine pendant le vernissage à ceux qui étaient présents. André donc se déplaça et il rencontra Madame le Maire qui fut enchantée de la coupe, vraiment une belle coupe que nous offrions à la ville. Et elle-même nous offrit une médaille de la ville. Quant au recteur du sanctuaire il fut vraiment ému et admiratif devant le tableau de Marie Dominique Willemot. Il se leva de derrière son bureau et justement il y avait là un tableau accroché, il le décrocha et mit à la place l'œuvre de Marie-Dominique. André en fit une photo sur laquelle on voit donc cette oeuvre vraiment belle et recueillie et, à son côté, le recteur qui sourit largement. Certainement nous reviendrons à  Pontmain. Et nous ne cesserons pas de parler de l'apparition de Marie car ne faut-il pas faire connaître toutes ces apparitions afin que l'on connaisse mieux Marie, sa bonté, sa tendresse et tout ce qu'elle a fait en venant au secours des pauvres humains que nous sommes. Merci Marie, à bientôt ville de Pontmain, à bientôt sanctuaire recueil de la foi.

23 ans

Messe de mariage - Paris

Lorsque André et moi préparions notre mariage nous avions évidemment décidé de nous marier non seulement à la mairie mais aussi à l'église. Or si André était un catholique qui avait été baptisé et avait aussi suivi toutes les étapes du catéchisme, de la communion à la confirmation, il n'en était pas de même pour moi. Moi j'avais cherché Dieu le Père à travers les étapes de ma vie qui avait été douloureuse mais tout ce que je savais de Dieu je l'avais appris en cherchant et surtout à travers la philosophie. J'avais réfléchi sur ce qu'était le panthéisme. Mais je n'avais pas pu aller plus loin sans aide et sans que l'on m’ait permis de suivre un chemin religieux. J'étais pourtant mystique et j'avais noué une relation avec Dieu dont je ne connaissais rien, Dieu le Père bien sûr. Souvent je m’étais disputée avec cet Être dont je percevais la présence et dont je ne savais rien, qui résidait dans le Ciel, ou plutôt dans le plafond de la chambre, car lorsque j'avais besoin de Lui et que je l'interpellais je levais les yeux vers le plafond comme si c'était là qu’il se tenait. Cet Être, que j'appelais Dieu, avait une véritable présence, une grande importance dans ma vie. C'est pourquoi les préparations au mariage lorsque je les envisageais m'enthousiasmaient. Allais-je enfin connaître cet Être qui m'était indispensable mais dont je ne savais rien quelques semaines avant la date de notre mariage. Le prêtre qui me reçut en cours particuliers me permit de discuter avec lui à partir de ce que je savais déjà, et qui était peu de chose, qui venait simplement de mes cours de philosophie de classe terminale. Nous parlâmes d'abord panthéisme et nous discutâmes longtemps mais je n'arrivais pas à comprendre ce dont il me parlait car jamais nous n'abordâmes l'Évangile et jamais il n'eût le temps, avant la date de notre mariage, de me parler du Christ. Lorsque nous abordâmes la question du panthéisme je lui dis que en effet je croyais que Dieu était partout, que j'admirais la nature et que je le voyais partout dans la nature et que je croyais en Lui. En fait à cette époque j’étais mystique et rien de plus. À ce moment-là il me dit « oui Dieu est partout mais il est décollé ». Alors là je perdis pieds. Décollé qu'est-ce que ça voulait dire. Dieu était décollé, mais quoi encore ? Cela me parut d'une grande stupidité. En fait ce prêtre maladroit me disait à travers cette parole quelque chose d'important et de vrai. Mais moi qui n'avais jamais eu le droit de prendre le chemin d'une religion j'étais complètement déstabilisée. Nous ne sortîmes pas de cette parole. Il m'avait dit que Dieu était décollé. Je ne compris pas. Je passais des jours à trouver cela stupide. Et cela me fit perdre ma foi naissante. Cela me fit perdre la confiance que j'avais en Dieu de façon innée, moi qui le traitais comme un ami indispensable et naturel. Je perdis ma foi. Même si cette foi n'était pas quelque chose de classique elle avait bien existé. Et elle m’était indispensable à moi qui n'étais pas aimée dans ma famille dont le père était alcoolique et la mère indifférente et même hostile. Comment était-il possible que je perde ce seul ami que j'avais ? Par dérogation le jour de notre mariage je me retrouvai avec André au pied de l'autel. Nous n'avions eu droit qu'à une belle bénédiction. Moi j'aurais désiré la totale c'est-à-dire une messe. J'en voulais terriblement au prêtre qui m'avait refusé cette messe. Mais je ne savais pas ce que c'était qu’une messe. Je ne savais pas ce que c'était que communier. J'étais complètement ignorante de la personne du Christ. On n'avait pas été présentés. Et j'étais malheureuse, je me sentais étrangère à cette situation de mariage dans l'Église. Alors désireuse de retrouver au moins le mysticisme qui m’était indispensable même s'il ne reposait sur aucune vérité que j'aurais pu appréhender, je levai les yeux vers le faite de l'église, vers la voûte, et je priai : « Seigneur mon Dieu, oublions que l’on m'a dit que tu étais décollé. Oublions les paroles de ce prêtre. Oublions le terme décollé et retrouvons-nous comme avant, retrouvons-nous avec cette affection qui nous lie et qui m'est indispensable ». Et en effet à ce moment-là je retrouvai mon embryon de mysticisme, celui qui m’était nécessaire pour supporter ma vie difficile d'enfant mal aimée. Plus tard bien sûr je connus le Christ et plus tard je fus enfin une croyante heureuse et marchai sur un chemin qu'enfin on avait ouvert devant moi.

62 ans

Ionica

Avec André nous sommes au Grand Palais, l’exposition rassemble de très grands et de nombreux talents. Et nous voici devant un très, très grand dessin qui représente deux serpents enroulés sur une branche d’un arbre qui renferme entre ses feuilles et ses branches de nombreux animaux. C'est un travail à la fois d’une grande précision et c'est un travail au crayon et entièrement symbolique. Que c'est beau ! que c'est beau ! Avec André nous sommes devant le tableau et nous recherchons tous les détails. Nous sommes en train de parler de ce que nous voyons dans l'arbre, il y a un crocodile, il y a un lion « Oh, dis-je à André, as-tu vu là ce hibou ? » « Ah oui dit André tu as raison il y a un hibou, je croyais que c'était simplement des feuilles d’arbre. » Derrière nous il y a un couple qui est aussi en train d'observer le tableau avec attention. Le monsieur dit : « et avez-vous vu là ce singe ? » « Ah oui dis-je » et nous continuons ainsi à quatre, notre couple et celui qui est derrière nous, à détailler le tableau. À un moment donné je me retourne et je dis au monsieur : « vous semblez bien connaître ce tableau ce n'est pas la première fois que vous l'admirez. Mais peut-être connaissez-vous le peintre, l'artiste qui l’a créé ? » « Oui je le connais dit ce monsieur, c'est moi.» Avec André nous nous exclamons « Ah comment est-ce possible, mais alors vous êtes Ionica ? » Ionica étant l’artiste dont le cartel est apposé à côté du tableau. « Oui en effet dit le monsieur, je suis Ionica ». C'était une façon originale de faire connaissance avec un grand artiste. Finalement ce très grand et magnifique dessin n'était pas très cher par rapport à sa beauté. Et nous en avons fait l'acquisition. Avec Ionica nous ne nous sommes pas revus mais nous avons échangé quelques lettres. J'y pense : « cher Ionica il faut que je t’écrive car cela fait longtemps que je n'ai pas de tes nouvelles ».

28 ans

Catéchuménat - Janine

Après la mort de ma grand-mère et bien que je ne sache pas du tout qui était le Christ, ma mère et moi nous nous étions rendues plusieurs fois dans des églises pour «  mettre un cierge ». Mais moi qui n'étais instruite de rien lorsque je voyais sur une croix un homme suspendu je haussais les épaules. Je ne voyais pas ce que cela pouvait dire, signifier, ni en quoi c'était intéressant. Il me semblait qu’il n'y avait pas de relation entre Dieu et cet homme qui était en croix. Car ce Dieu que j'appelais de toutes mes forces je ne savais pas qu'il avait eu le désir de s'incarner et si on me l'avait dit je n'y aurais pas cru. Alors après que le Christ m’a offert cette sublime marque de miséricorde qui sauva ma vie je traversai la rue, la remontai, allai jusqu'à l'église Notre-Dame de Lourdes et je devins catéchumène. J'avais une marraine de catéchuménat qui venait une ou deux fois par semaine à la maison pour m'instruire dans la religion chrétienne. Et je faisais partie d'un groupe qui rassemblait des catéchumènes et leurs accompagnateurs qui se retrouvaient tous les mois pour un enseignement avec un prêtre portugais. Cette réunion était suivie d’une messe au cours de laquelle nous n'avions pas, nous catéchumènes, encore le droit de communier et je trouvais cela frustrant. Ma marraine de catéchuménat s'appelait Janine. C'était la meilleure, la plus dévouée, la plus amicale des femmes. Elle n'était pas mariée mais sa bonté confinait à la naïveté. Elle aimait ses parents qui n'avaient pourtant pas fait grand-chose pour elle. Elle allait régulièrement pour repasser chez eux leur linge et des affaires à elle et ces braves gens lui comptaient l'électricité qu’elle dépensait pour cela. Je n’ai cité cet exemple que parce qu'il m'avait choqué. Elle était bonne Janine, elle avait la bonté inscrite dans la main et cette main elle vous l'offrait avec beaucoup de sincère amitié. Nous avions chacune un évangile et nous musardions à travers l'Évangile. Nous cheminions plutôt car c'est le terme que l'on emploie. Et voici qu'il m’était donné, enfin, alors que j'avais déjà 28 ans de connaître Jésus. Ce Jésus dont j'avais vaguement entendu parler et auquel je n'avais jamais cru, ce Jésus dont l'existence ne m'avait jamais intéressé jusqu'au jour où il était descendu chez moi pour sauver la pauvre petite femme condamnée à un désespoir perpétuel. Et voici que je découvrais que lui et moi on avait des convictions communes. Il pensait comme moi. Il pensait que c'est le plus petit, le plus faible, le plus disgracieux, le plus sot quelquefois, le plus pauvre qui a besoin de vous. Avec ses pécheurs il agissait de la même façon que moi avec les enfants de ma classe. Bien sûr dans ma classe il y avait des enfants très intelligents qui faisaient un travail remarquable et il y avait aussi de pauvres petits mignons qui ne savaient même pas tenir un crayon, qui parfois étaient devenus méchant à force d'être humiliés par le groupe. Et moi, ceux qui m'intéressaient le plus ce n'était pas, comme pour certaines institutrices, les élèves brillants qui font un travail remarquable. Ceux-là je ne les laissais pas de côté, bien sûr, car s’ils avaient de grandes aptitudes il fallait développer encore ces aptitudes, c'était mon devoir de les aider à le faire. Mais il suffisait de leur proposer des exercices qu’ils pouvaient effectuer seuls tout en en tirant un grand bénéfice. Il n'était pas besoin de leur consacrer beaucoup de temps. Ce temps je le gardais pour ces pauvres petits mignons qui étaient pauvres dans leur cœur, pauvres dans leur intelligence, pauvres en facilités et pauvres tout court bien souvent dans des familles où même la richesse et l'amour ne leur étaient pas forcément offerts. J'avais la volonté de les faire progresser. Je me sentais responsable et je me sentais utile. Je m’acharnais à les sortir de là avec beaucoup d'intérêt et d'amour et aussi de compétence. Je leur consacrais beaucoup de temps je les faisais marcher pas à pas vers la réussite en les soutenant tout le temps. Et j’avoue que c'est auprès d’eux que j'ai obtenu mes plus grandes satisfactions. Car, si vous vous y prenez bien et que vous vous entêtez à aider ces petits d'homme qui dépendent de vous eh bien vous les voyez s'éveiller et faire des progrès qui vous enchantent. Or moi mon désir c'est d'être utile. Mon intérêt c'est de faire grandir celui qui est tout petit et le rendre heureux. Rendre heureux c'est quelque chose qui a toujours soutenu mes actions d'institutrice et aussi de femme dans la cité. Rendre heureux pourquoi est-ce que j’y tiens tant ? Peut-être que parce que moi je n'ai pas eu cette chance que l'on veuille me rendre heureuse. Le bonheur et l'amour valent la peine que l'on fasse des efforts, même de très grands efforts, pour les obtenir. Jésus aussi voulait le bonheur des gens, il voulait guérir ceux qui souffraient dans leur corps ou dans leur âme. Il était prêt à tout donner pour cela. Et il a donné sa vie, il a accepté de souffrir abominablement pour sauver des gens qui ne lui étaient rien mais qu’il aimait comme s'ils étaient ses enfants. Je comprenais ça très bien moi l’institutrice. On avait la même façon de réagir. Et lorsque Janine me parlait d'une des actions du Christ que nous lisions dans l'Évangile, un de ses actes ou l'une de ses pensées, je me surprenais à dire « ah oui ça c’est bien. Il a bien fait. Il a dit ce qu'il fallait. Ah je suis entièrement d'accord avec Lui. Quel homme admirable ! Quel Dieu formidable ! Oh oui, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui me corresponde autant ». Cela peut paraître orgueilleux de dire que l'on comprend le Christ, ses façons de réagir et de penser. Bien sûr, moi je suis un moustique à côté de Lui qui est Dieu infini et homme parfait, mais cela ne change rien. Seule je suis la plus heureuse des femmes d'avoir rencontré un être capable de penser, d’aimer, de réagir et d'avoir des ambitions pour les autres comme Lui l’a fait. Si Christ n'existait pas ma vie aurait fini d'avoir un sens. Lorsque j'étais avec ma grand-mère jusqu'à l'âge de douze ans je n'ai pas eu besoin d'un Dieu. Ma grand-mère comblait mes attentes par son courage et par son immense amour pour moi et pour les autres. Mais ensuite entre mes parents qui m'ont fait beaucoup souffrir j'avais absolument besoin de Dieu. Mais ce n'est pas de Dieu dont j'ai besoin en fait car son immensité me dépasse et ce n'est pas ce qui me touche. Ce qui me touche c'est Christ qui dit sur la croix « pardonne-leur mon Père ils ne savent pas ce qu'ils font », comment peut-on avoir un courage et un amour aussi féroces pour dire des choses aussi étonnantes et qui vous étreignent le cœur. Oui je suis heureuse d'avoir rencontré le Fils et d'être devenue chrétienne. Même si je ne le mérite pas par mon caractère ou ma façon d'être. Mais Christ ne demande pas que l'on mérite pour offrir. Je suis d'accord avec ça. Je suis accord avec toi Dieu tout puissant en ton Fils, l'homme parfait, divinement parfait.

19 ans

Propédeutique…

Après le second bac j’entrai en fac, en propédeutique. J'avais choisi philosophie, anglais et grec ancien. Vous allez me dire que cela ne menait à aucun débouché, j'en ai bien conscience à présent. Mais à l'époque je ne « réfléchis pas plus loin que le bout de mon nez » et mes parents qui étaient des gens pauvres et simples ne réfléchirent pas plus que moi. Je ne reçus pas de conseil. Mon année de propédeutique fut chaotique. En fait j'étais mauvaise en tout. Et je ne tirais mon épingle du jeu ni en philo, ni en anglais, ni en grec. Par contre j’eus pour la première fois un flirt. En fait il mesurait 1,80 m et était très bien « baraqué » et moi j’étais une petite puce, un Tanagra comme il m'appelait, de 1,50 m et qui pesait 42 kg. Cependant j'appris en l'embrassant et par ses caresses ce qu'était le plaisir de la chair. Mais pas jusqu'au bout car je refusais de coucher avec lui. En fait j'avais choisi de résister à cause de ma mère. Elle se faisait toute une affaire de ma virginité comme si c'était le bien le plus précieux auquel elle était attachée et comme si j'allais la trahir abominablement en ayant une vie normale de jeune fille de 19 ans. Vous me direz que ma mère n'était pas une mère puisqu'elle ne m'aimait pas et me menait la vie dure. Cependant c'était elle qui m'élevait et mes parents divorçaient, alors je me sentais redevable et ne touchant aucun salaire, n’apportant par d'argent à la maison, étant nourrie par elle puisque mon père refusait de rien donner sur le plan financier, je ne voulais pas commettre la mauvaise action de la trahir. Ma vie ne m'appartenait pas mais m’a-t-elle jamais appartenue ? Par le fait que je ne voulais pas céder à ce garçon qui ne demandait que cela venant de moi, je subis à la fac de la part du groupe dans lequel nous étions tous les deux beaucoup de mépris et dus un jour quitter la fac le cœur brisé pour ne plus y revenir. Je demandai à ma mère, pour me remettre de cette déception destructrice, de pouvoir partir à la campagne chez nos amis les Jousset qui tenaient un café-épicerie à Neaufles. D'abord me voyant sans dessus dessous elle accepta mais le lendemain elle avait changé d'avis et se mit à me dire que les voisins ne comprendraient pas mon départ et que ce serait une cause de mépris pour notre famille. Je ne pouvais pas revenir à la fac et braver la méchanceté des gens de mon groupe. Je ne pouvais pas me retrouver en face de Daniel qui m'avait rejetée. Mais je ne pouvais pas non plus rester à Paris et commencer je ne savais pas quelle nouvelle vie sans au moins me remettre de mes émotions. Le lendemain, bouleversée par mon chagrin d'amour et par le fait que je ne pouvais pas m'en remettre comme je l'aurais désiré, je tentai de me suicider. Je défis le tuyau du gaz de la cuisine et je commençai à avaler le gaz empoisonné. Mais ma mère surgit qui revenait de course et elle sentit cette odeur de mort. Je remis rapidement en place le tuyau et lui fit croire que j'avais fait brûler du café dans une casserole pour expliquer cette odeur. Elle fit semblant de me croire mais le lendemain je pus partir à la campagne chez Madeleine. Mon chagrin était immense, mon cœur était brisé. C'était la première fois que je tombais amoureuse d'un garçon. À Neaufles je me souviens que l'après-midi j'allais dans la campagne, que je me couchais dans l’herbe et que, le regard au ciel, je pleurais. Il me fallait ce calme. Il me fallait cette solitude. Il me fallait éponger toutes ces larmes qui n'étaient pas celles seulement de mon chagrin d’amour. C’étaient aussi les larmes de celle qui avait été torturée moralement par un père alcoolique et par une mère d’une grande méchanceté. Madeleine m'avait accueillie avec gentillesse et cette gentillesse j'en avais tellement besoin ! Il y avait très longtemps que plus personne depuis la mort de Mame ne m'avait traitée avec gentillesse. On ne me demanda rien. Mais pendant le déjeuner on me disait avec gentillesse : « reprends donc de la viande, Irène reprends donc des légumes, mange ma fille ». J'avais trop besoin d'un peu d'attention. J'avais trop besoin d'un peu de calme, j'avais trop besoin d'une vraie famille. Lorsque je revins à Paris et alors que mes parents étaient en plein divorce je me sentais plus sûre de moi et mon chagrin d'amour s'était calmé. Si mes parents divorçaient c’était que j'avais tout fait pour cela. La vie était infernale à la maison. Tous les soirs mon père rentrait ivre et c'étaient des cris, des disputes à n'en plus finir. Et moi au milieu de ce désastre, au milieu de cette forfaiture, au milieu de cette violence, je perdais ma vie, mon envie de vivre, la possibilité d'être, sinon heureuse, du moins dans le calme des sentiments. Alors je disais à ma mère « divorce, mais divorce qu'est-ce que tu fais avec ce type-là, est-ce que tu attends qu'il te tue un jour ? Mais divorce donc. » Si je n'avais pas fait le forcing jamais ma mère n’aurait divorcé. Mais là j’eus une emprise sur elle et elle se décida à faire les démarches et alla trouver un avocat. Vous me direz que c'est un péché de faire divorcer ses parents. Mais j’étais dans un état de destruction intérieure inimaginable et il était vital pour moi que je puisse vivre un peu de calme. J’avais cessé de dire « papa » car en moi ce mot provoquait une douloureuse révolte. En fait, après le divorce, la vie devint un peu plus calme mais rien ne changea vraiment. En effet moi et ma mère nous habitions d'un côté du palier et mon père habitait tout juste en face de nous, de l'autre côté du palier. Ce qui fait que, très fréquemment, ma mère qui avait fait de la soupe ou du bœuf bourguignon et qui était restée attachée à cet homme qui pourtant l'avait traitée violemment, traversait le palier pour l'inviter à dîner avec nous. Le premier soir cela se passait bien. Le second souvent bien. Le troisième lorsqu'elle allait le chercher pour manger le rôti de bœuf ou la soupe de pois cassés, les disputes recommençaient et c'étaient des hurlements. Cependant la situation était beaucoup plus simple. Car elle lui disait alors : « nous sommes divorcés, retourne chez toi de l'autre côté du palier et fous-nous la paix ». Elle le poussait vers la porte, il traversait le palier et la dispute était ainsi terminée. Ces deux-là ne se sont jamais aimés, mais peut-être se sont-il aimés malgré tout. Qui peut comprendre ? Lorsqu'ils eurent vieilli et se furent retrouvés seuls tous les deux ils parlaient de se remarier. Quant à moi j'avais réussi grâce à ce soi-disant divorce qui apportait un peu de paix à ne pas être complètement et définitivement déchiquetée par la violence de mon foyer.

31 ans

Le chapelet

Je suis devenue chrétienne assez tardivement. En effet le jour de ma première communion j'avais trente ans. Et je ne connaissais pas les us et les coutumes de la dévotion et tout ce qui concernait par exemple la récitation du chapelet. Un jour que je m’étais confessée le prêtre me dit « « pour pénitence vous allez me dire trois dizaines de chapelet ». Trois dizaines de chapelets ? Je trouvai cela assez sévère mais ma bonne volonté pour plaire à Dieu et pour le servir n'avait pas beaucoup de limites. Quelques jours plus tard comme c'était une fête et alors que je n'avais pas encore récité mes trois dizaines de chapelet je me confessai comme il est coutume de le faire à l'approche de Noël ou de Pâques. Je n'avais pas grand-chose à dire puisque une semaine plus tôt je m’étais déjà confessée. « Pour pénitence, me dit le prêtre, vous direz quatre dizaines de chapelet ». Quatre dizaines de chapelets je trouvai cela sévère. Surtout que j'en avais déjà trois à dire. Mais je ne voulais pas contrarier la volonté de Dieu qui passait par celle du prêtre. Il aurait fallu me dire ce que signifiaient quatre dizaines de chapelets. En fait quatre dizaines de chapelets ce n'est pas quatre chapelets entiers. C'est seulement quatre fois dix « Je vous salue Marie » et quatre « Notre Père ». Étant dans l'ignorance de cela je m'imaginais que quatre dizaines de chapelets c'était quarante chapelets entiers. Donc cela faisait au total soixante-dix chapelets entiers à réciter. C'était vraiment une très, très grave et longue pénitence. Parce que un chapelet entier c'est cinquante « Je vous salue Marie » et cinq « Notre Père ». Je m’attelais à la tâche de la récitation des chapelets dès le lendemain. Soixante-dix chapelets cela fait à peu près soixante-dix fois vingt minutes. Je passais presque dix jours enfermée dans la chambre à réciter chapelet sur chapelet pendant que mon mari le soir regardait la télévision. Dix jours à réciter des chapelets tous les soirs ce fut long mais je le fis consciencieusement. Un peu plus tard j'ai appris que je m’étais trompée sur l'usage du chapelet. Et que l'on ne m’en demandait pas tant. Après avoir récité aux bout de dix jours tous les soirs mes chapelets je me dis que j'étais bénie pour un bon moment.

38 ans

La cour

En parlant de la surveillance de la cour pendant la récréation mes collègues trouvaient tellement normal de ne pas être attentives qu'un jour, après que j'ai été comme on dit « de récréation » la veille, elles me tombèrent « sur le paletot ». Elles affirmaient qu’une des élèves avait chuté du portique pendant la récréation et que je n'avais rien vu alors qu'il aurait fallu que je le signale afin qu’on l’emmène très rapidement à l'hôpital. On l'avait hospitalisée le soir même parce qu'elle se plaignait de maux de ventre. J’étais très étonnée et même j'avais la certitude que cette élève n'était pas tombée du portique et que ses maux de ventre avaient une autre cause. Mais mes collègues avaient décidé qu'il en était ainsi, que j'avais mal surveillé, et que j’étais responsable de l'accident puisque j'avais été chargée de surveiller cette récréation. Je me défendis car j'étais certaine qu'elle n'était pas tombée du portique. Quand un enfant chute du portique on doit s'en apercevoir et jamais cela n’était arrivé sans que je ne m'en rende compte. Au cas où l'on ne s'en rendrait pas compte, ce qui à la rigueur peut arriver même si on a les yeux partout, les autres enfants qui savent que vous, vous êtes attentif à surveiller la récréation, viendront aussitôt vous le dire. Pour eux c'est important, en constatant un accident, que la maîtresse soit au courant. Ils sont même plusieurs à venir vous le dire. Or là rien ne s'était passé de cette façon. J’étais bien certaine que cette enfant n'était pas tombée du portique. Avait-elle reçu un coup ? Était-ce autre chose ? Je ne savais pas mais ce dont j'étais certaine c’était que la raison de son mal de ventre, inventée par mes collègues, était fausse. Alors elles me dirent que c'était l'enfant elle-même qui s'était confiée et que c’est elle-même qui avait dit qu'elle était tombée du portique. Oh c’est facile lorsqu'on veut convaincre un enfant de cet âge de lui faire dire ce qu'on veut. Il suffit de lui affirmer « mais si, tu es tombée du portique, tu ne seras pas grondée, avoue-le, avoue-le on ne te grondera pas ». Ce qui fut très dommageable pour moi c'est que mes collègues m’obligèrent à signer une déclaration d'accident où il était précisé que l'enfant était tombée du portique et que je n'avais rien vu. Je me défendis mais mes collègues étaient d'une telle virulence que je finis par m'exécuter et signer la déclaration d'accident. Elles avaient exercé sur moi du chantage. Elles me disaient « prends tes responsabilités. Tu n'es pas digne d'être une institutrice car quand il y a un accident tu refuses de signer le certificat pour te protéger. Tu es responsable de ce qui est arrivé ». Je fis donc ce faux certificat où j'affirmais que l'enfant était tombée du portique et que moi j’étais occupée à autre chose et ne m'en étais pas aperçue. Hé oui ! ! ! Le lendemain matin en me rendant à l'école, comme personne ne me disait rien, je posai la question : « alors qu'en est-il de la petite unetelle est-ce que à l'hôpital on a décelé ce qu'elle avait ? » Il me fut brièvement répondu « ah oui, eh bien elle n'était pas tombée du portique, c'était seulement une occlusion intestinale ! » Donc moi j'avais été mise en cause et accusée faussement. Ce rapport envoyé à l'assurance dénotait que je n'étais pas une bonne surveillante dans la cour. Et personne ne me dit qu'on allait me soutenir pour apporter une correction à ce rapport. Donc ce rapport existe toujours qui pouvait me nuire et en tout cas qui est calomnieux.

43 ans

Mon admission à la Fac d’Arts plastiques

Lorsque j'eus 43 ans, parce que mon enfant qui aimait les arts plastiques pour lesquels elle était très douée dut entrer dans une grande prépa, Louis Le Grand, et ne plus avoir le temps de se consacrer à sa passion, je pris un congé pour convenance personnelle, non payé et je m'inscrivis à la fac d'arts plastiques. Moi aussi j'aimais les arts plastiques, la peinture, la sculpture, le dessin, l'histoire de l'art, et j’aimais dessiner, créer, écrire, poétiser. Donc pendant deux ans je cessais d’enseigner et je passais ma licence d'arts plastiques. En fait j'avais pensé entrer en DEUG. Parce que je n'avais jamais fait d'études d'arts plastiques. J'étais une autodidacte, une autodidacte en ce qui concernait le dessin et la peinture et une autodidacte en ce qui concernait le fait d'écrire. Lorsque je décidai d'entrer en fac d'arts plastiques et d'obtenir des diplômes je me dis que j'avais droit certainement en fonction de tout ce que j'avais vécu auparavant à obtenir des équivalences pour n'avoir pas à passer toutes les UV. Je réalisai donc un très grand dossier sur tout ce que j'avais apporté à l'école maternelle en ce qui concernait les arts plastiques. Des arts plastiques, tels qu’ils sont pratiqués dans les grandes écoles d'art, nous en faisons tous les jours et de toutes les manières en maternelle mais avec nos moyens de jeunes enfants. Si vous voulez connaître tout ce que l'on peut introduire d’enseignements pour les jeunes enfants et dans quel esprit enthousiaste cela se fait je vous invite à consulter le chapitre de mon ouvrage, « Porte ouverte en maternelle », sur les travaux manuels. Pour bénéficier d’équivalences je réunis donc mes connaissances et expériences dans un très grand dossier très imagé avec des photos et des dessins d'enfants et avec une longue explication pour chaque atelier d'arts plastiques qui se déroule dans la classe et bien sûr un texte explicatif. Car rien ne se fait sans une profonde réflexion de l'enseignant qui sait où il va et ce qu'il convient d'inventer comme exercices pour que les enfants progressent. Je réunis aussi quelques-uns de mes poèmes, quelques-uns de mes textes dont je fis un recueil. Je peignis aussi une dizaine de toiles à l'acrylique (mon art est surréaliste et symbolique). Avec tout cela je me présentai devant une commission formée de professeurs de la fac d'arts plastiques. Je passai devant cette commission, c'est-à-dire devant plusieurs professeurs de la fac. J'expliquai tout ce que je montrai et on me dit après avoir consulté brièvement ce que je présentais : « Pouvez-vous sortir Madame, nous allons discuter entre nous et nous vous appellerons ». Je me retrouvai donc dans le couloir et j'attendis. Lorsque, un bon moment après, on me fit à nouveau entrer dans la salle je retrouvai l'équipe des enseignants que j'avais quittée quelque temps avant. J'entendis que l'on me disait, et j’en « restais baba » mais très heureuse : « Madame, vous êtes tellement dynamique et ce que vous nous avez apporté est tellement bon que, avec enthousiasme, tous les professeurs présents qui ont étudié vos dossiers sont d'accord pour vous donner une équivalence complète des deux années de DEUG. Vous entrez directement en licence ». Je n'ai pas pleuré je n'ai pas ri non plus, j'ai ramassé mes dossiers. J'ai remercié et, je l'espère suffisamment chaleureusement, les professeurs qui avaient tellement apprécié mon travail et je suis partie « sur un petit nuage ». Je parlerai ensuite de ce que j’ai fait et de l'élève que j'ai été à la faculté d'arts plastiques. Je ne pensais pas rompre les ponts avec mon métier d'enseignante en maternelle. Malheureusement je ne me doutais pas de ce qui m'attendait. Je ne me doutais pas que l'on profiterait de la situation où je m'étais mise et qui présentait un vide juridique pour me priver de ce qui était ma vie, de ce qui était ma précieuse vie avec les enfants.

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